« Quandos e comer aqui »

 


C’est un article que j’avais écrit en Janvier…2019.  A l’époque je trouvais que l’érection de cabanes sur les rond-points permettaient une vie sociale inédite, en même temps que je déplorais que les schémas mentaux y soient  moulés à la louche par une éducation nationale – qui rime avec national, comme le front, la police, la défense, et multi-, national.
Je ne l’ai pas publié pendant tout ce temps – et pas non plus supprimé – parce qu’il me semblait que si ce que je disais m’étais si évident, et n’était pas plus présent dans les esprits, c’est sans doute qu’il y avait une raison que je ne percevais pas.  Que la question qui s’ouvrait méritait que je me la repose plus tard.
Depuis, je me suis posé la question, j’en ai parlé à d’autres personnes.  Depuis les mentalités ont évolué et en particulier pendant ce confinement.  La mienne avait évolué, j’ai lu des articles de Bernanos, des romans de Marcel Aymé, comparé ce qu’ils décrivent à la situation au Chili actuel, par exemple.  Gabriela Mistral s’imposant à moi comme une ligne d’horizon découpée sur un ciel azur  ;  d’après Garrett Caples il faut passer par la biographie pour faire aimer les poèmes.
Surtout le confinement, la maladie, le spectacle de nos institutions, enfin les leurs que nous supportons, à peine, ont produit il me semble une prise de conscience chez les autres,  qui rend ce texte un peu moins illisible, malgré son caractère résolument « absurde » comme dans « surréaliste ».  Je l’ai relu, ait effectué quelques modifications, parfois ait gardé la trace de l’ancienne version.

Dans l’album de tintin au Congo on entend Averell demander « a quoi comme au kiki ? » à un invincible gaulois breton.  Si si, ou presque.  Mais en fait il a juste faim, et l’autre n’est pas invincible en lui-même , c’est juste qu’il a de la potion magique.  D’ailleurs il n’est ni gaulois ni breton, aucun congolais ne l’est… quoique attendez … on aurait vu du kabyle dans le breton, quand ils font les zouaves.

Ces propos vous paraissent sans doute un peu confus, alors j’enlève mon gilet jaune masque artisanal à base de nez de clown et de boite à camembert, pour que vous me compreniez mieux.  Les gaulois… n’existaient que dans le regard de Jules Cesar et que ses …  SS en sandale, n’en tuent le quart, et n’en déporte un autre quart.  C’était de la colonisation par nettoyage ethnique, de l’économie extractiviste appliquée aux ressources humaines.  Les Congolais n’étaient donc pas gaulois.  Heu breton….

Je me rends compte que ce n’est pas plus clair.

Un truc qui est clair c’est que les « brigands vendéens » ont bien été identifiés pour être massacrés par les troupes républicaines.  Et ça c’est sur qu’ils n’étaient pas vendéens avant qu’on ne parvienne à les massacrer,  leur pays c’était pas la Vendée, cette petite rivière trouble, c’était leur village, chacun le sien, peut-être un peu autour mais guère plus.  Alors qu’une fois morts, là, ils ont été vendéens, brigands, et personne ne pouvait, plus, dire le contraire.

Le général TURREAU qui commandait ces troupes a son nom inscrit sur l’arc de Triomphe.  Et ça non plus personne ne peut dire le contraire. C’est pas un tag de l’autre week end (décembre 2018), pas un fluo-facho qui se serait dit « tiens pour changer de titiller je vais mettre tutureau » .   Non, non. Sur le monument outragé, le monument brisé, le monument martyrisé…( il y a 18 mois ) il y a le nom d’un général qui aurait fait passer Mladic pour un modéré en matière de nettoyage ethnique, ce nom est gravé pour l’honneur qu’on lui doit dans la république française.  Franchement la France de Turreau, je la sens moyen faible, et pour tout dire ça ne me fait pas de peine.  Celle du Condorcet, et le club breton,   qui aurait fait voter les femmes dés le 18ème siècle, celle qui aurait gardé des cultures minoritaires, et de toute façon certainement pas eu besoin de taper sur les indigènes pour leur faire rentrer dans leur sacrée caboche la ci vi li sa tion, parce que ça se serait vu tout de suite que c’est bien la ci vi li sa tion.

Facile si ça aurait été bien.

Alors pour être tout à fait clair dans la tête des gens, il faudrait qu’ils sachent, pour tout ça, tout  ce bordel.  Et là ils diraient peut-être juste « j’ai mal », ou « patron, moins fort s’il te plait », enfin j’en sais rien ce qu’ils diraient c’est leur problème, mais pas tout ce charabia qui a quand même l’avantage sur les conneries qu’on nous enseigne d’avoir l’air de ce qu’il est.   Des trucs qui s’évacuent en posant culottes quand on a mal au ventre. mais … il faudrait qu’ils restent polis, parlent un français correct, avec des petits mots qui seraient « ni trop gras, ni trop sucré, ni trop salé ».  Nan parce que ça c’est important, en Floride, sur la cote d’azur ou dans les bureaux versaillais des préfets de provintiae… quoi, encore ? mais bien sur que les bureaux des préfets sont versaillais, peu importe où ils se trouvent.

La boite de Pandore a été ouverte par le coupable lui-mème  :  « la colonisation a été un crime contre l’humanité ».  Juridiquement, c’est faux, il aurait fallu dire « la colonisation française aurait été un crime contre l’humanité »  – parce que la colonisation est toujours un crime contre l’humanité, de demain. 

Mais peut-être notre philosophe président parlait-il moralement ?  Je ne sais pas.  Est-ce que Christophe Colon en violant sa 12ème adolescente indigène a eu un petit doute sur l’aspect criminel de ce qu’il faisait ?  Mais était-il humain ?  La conscience ne doit-elle pas montrer qu’elle existe en influant su rle comportement des gens ?

IL, que son nom soit chéri par toutes les femmes, et tous les maris,  a dit quelque chose qui a l’air de ce que c’est, une vérité qui ne tient pas debout toute seule, qu’il faudrait étayer pour qu’elle acquiert son caractère performatif, je trouve moi, qu’il mérite mieux que ça  – et déjà pour commencer lui-même devrait lacher prise.

Parce qu’en fait ce n’est pas que lui qui est en cause, changer la tête de guignol ne changera pas le théâtre de marionnettes.  Dans l’article liberation.fr -gerard-noiriel « pour-macron-les-classes-populaires-n-existent-pas » un gars dit « c’est un aveuglement de classe. Il est le représentant des CSP + »   ;  oui, ou alors il considère que l’action de TURREAU est le paradigme de l’action républicaine et civilisatrice  ;  ou plus probablement c’est la même chose.  Parce qu’en fait c’est ce que la république française a fait, l’empire français a fait  :  nier les peuples, leurs cultures, leurs langues et en faire une anomique classe populaire de survivants.  Et il ne s’agit pas, pour moi, de réveiller les identités perdues, les identitaires s’égarent, ils dansent avec des zombies.

Il s’agit d’engager un avenir qui ressemble à autre chose que le Colisée de Rome, ou Vukovar en 1995. Comme je l’ai lu sur une photo d’un père autochtone en Guyane : « Se civiliser ou pas, c’est pas la question. Nous nous civilisons.  Mais est-il obligatoire de détruire nos traditions pour autant  ? ».  Nous n’avons pas conscience, ni du passé, ni du présent, ni de ce que nous pourrions faire. Dans une discussion avec un copain, qui trouvait à l’instar de la majorité des gens en France que ce problème était négligeable, passé, ou pas mieux chez les voisins européens, j’ai fait découvrir qu’en Confédération Helvétique pour moins de 10 millions d’habitants, il y avait 4 langues nationales – par comparaison les parlementaires corses en Corse ne doivent s’exprimer qu’en français standard pour ne pas mettre en péril l’ordre républicain, la nation, la civilisation dans le monde.  Ce gars là et son parti prônent le local, l’économie circulaire, les MLC, et il est ouvrier pas intello.  Parmi les versaillais on comptait aussi un certain Jules FERRY.

Sous les rond-points des gilets jaunes d’hier,   les Zones non Défendues, perdues sous le macadam, hante la mémoire DES peuples de France, ces peuples qui ont disparu par exemple dans les tranchées de la guerre, car plus qu’un soldat c’est eux qui sont sous l’arc de triomphe de Napoléon, inspiré par Jules César.  On dit parfois « le massacre des paysans » pour parler de ce phénomène, disant cela on croit peut-être parler d’une classe sociale  ;  cette trame d’analyse, ce modèle de pensée, n’est pas faux.  Mais  on pourrait utiliser les modèles issus des structuralistes des années 50, Claude Levi-Strauss, pour dire qu’on a tué des millions d’indigènes, des indigènes qui baragouinaient des patois impossibles à intégrer dans la république.

6 commentaires

  1. Effectivement, on peut penser à un tas de choses… Mais arrivera-t-on à penser à tout?
    Pour le massacre des Vendéens, oui c’est effrayant mais plus personne n’y pense…
    Bon week-end à toi,
    Mo

    Aimé par 1 personne

    1. Ce que je trouve effrayant, plus que l’oubli, c’est les dénégations…

      Cet homme guyanais rencontré sur une photo de ce (superbe et admirable) festival de La Gacilly disait exactement :
      – La question n’est pas de savoir si nous voulons ou non devenir « civilisés », nous n’avons plus le choix. La vraie question est de savoir comment ne pas se perdre en chemin.

      Aimé par 1 personne

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