Mouiller le Maillot – AI d’Aoùt

« Connais-toi toi-même » hurle le sage à la face de la lune. « Je est un autre » répond l’idiot en suçant son pouce.

C’est mon agenda ironique du mois d’aout qui commence mal…bref …

 …les règles du jeu :
1) Vous êtes coincé dans une voiture sur l’autoroute, bloqué depuis un bon bout de temps dans le pire embouteillage jamais connu par automobiliste désireux et ô combien impatient d’arriver à la plage, à la chaleur, à l’odeur des frites et des beignets, etc.
2) Il fait chaud. Il fait très chaud. Il fait au moins 35°C.
3) Le chauffeur, ou bien une autre personne dans la voiture, ou bien la voiture elle-même, ou bien une mouche qui passait par là doit lire, critiquer, faire l’éloge, se rappeler de, bref, faire une référence à L’île mystérieuse de Jules Verne.
4) Dans la voiture se trouvent les cinq objets suivants (qui devront être mentionnés dans le texte) : un gant de boxe, une bobine de fil à tricoter jaune, la lettre Y d’un vieux jeu de scrabble, une clé à molette, un harmonica.
Je précise qu’il n’y a pas de contrainte liée au narrateur, libre à vous de dire/écrire « je », « nous », « on » ou bien tout autre pronom digne de ce nom.
A vos crayons, stylos et claviers ! Je vous propose de mettre les liens de vos textes en commentaires ci-dessous et ceci jusqu’au 25 août, pour avoir le temps de lire et voter la semaine suivante.
Et pour vous inspirer, cette scène mythique  …

« Putain de bordel de merde de règle trop longue » s’exclame Barristion à l’arrière du combi Volkswagen qui est censé nous amener au bord de la falaise d’Etretat, pour le « festival du Grand bond en avant. » « …j’arrive pas à la poser à plat entre les sièges, elle me rentre dans le dos. »

On est 5, dans le combi ça laisse pas énormément de place pour les jambes avec les bagages. Précisons que les jambes sont un bagage, et plutot volumineux. C’est quand même moins que nos têtes qu’on a du mettre sur la galerie.

« On s’appelle de loin en loin », notre performance théatrale, militante éco-citoyenne, éco pour écologique et aussi pour économique, ou plutot alter-économique va se présenter au festival. Nous y joueront un rôle, bien sur, mais c’est essentiellement le public et notre propos, la situation, qui va produire, si tout va bien hahaha, une oeuvre. Nous on anime les têtes pesantes, et les gens doivent …mais je vais pas tout vous dire quand même, où serait la surprise ?

Le narrateur, qui est une narratrice, s’appelle Narrateurice, et dans la vie elle parle beaucoup, beaucoup, beaucoup, elle se la raconte pas mal, avec ses potes aussi. C’est très précieux dans la vie d’avoir quelqu’une qui met en mot ce qui se passe car ainsi on peut le penser…ou plutot ça peut se penser. Faire partie d’une troupe de…théatrerie contemporaine, ou, d’art performatif… »un déguisement pour incitation’ à l’a-meute », dit Karlatin’ . Ce à quoi répond Jérémaille : « un levier de développement d’une démarche vers une identité propre », de sa fameuse voix nasale.
Mais écoutons plutôt la voix chaude et mélodieuse de Narrateurice

Il fait très chaud, la radio a annoncé 35 degrés, mais je suis sure qu’il fait plus. Je dégouline , je suis en sueur, je suis trempée de la tête au pied, et dans quelque endroit de mon corps il me semble que sourd une fontaine. Je suis le Mont Gerbier de Jonc. Haaa je me pâme…

Bon je reprends la suite, parce que là… bref Barristion s’est levé et a contribué, si ce n’est à la naissance de la Loire au moins au nom de la montagne. Bientot suivi par Karlatin’ et Jérémaille.

Mais qui conduit le van alors, me demanderez-vous ? Comptons ensemble, 1 Barristion 2 Narrateurice 3 Karlatin 4 Jérémaille …et le cinquième ? C’était Némolisseur qui en ce moment fait un coucou avec un grand sourire, à la grosse dame de la voiture voisine qui écarquillent les yeux la vitre ouverte …Narrateurice raconte tout, de manière imagée mais exacte. C’est d’ailleurs pire si c’est imagé. Némolisseur tente alors de faire diversion : « Vous voyez l’impact de Freud et de la psychanalyse sur la littérature est sensible partout, bien sur, mais là où il se raccorde le mieux au totalitarisme et en particulier au nazisme, c’est par la présence de scène sexuelle dans les Robinsonnades. Je dis ça parce que si vous prenez « Sa majesté des mouches », c’est très sensuel, la sensualité envahit la sphère du politique, de la métaphysique. Alors que dans l’ile Mystérieuse de Jules Verne, de la sensualité ? De l’émoi ? Je ne sais même pas si ça transpire dans ce bouquin… »…  « vous savez moi je m’en fous un peu d’vos salades, elle a une jolie voix vot’copine.  C’est juste que j’ai loupé une maille » et en effet Némolisseur aperçut une chaussette jaune en train de naitre des doigts de cette déesse domestique. « Or chez moi , louper une maille c’est signe de trouble, or mon jules là, à coté  » d’un signe de tête elle désigne un grand brun chauve sur le dessus, avec une oreillette dans une oreille et un doigt dans l’autre, dissertant de la moyenne mobile à 20 jours de l’action Total qui chute, « il n’éclaircira pas mon trouble avant … Deauville, si j’ai de la chance, ce qui risque de faire un poil  …hum … longuet pour moi vous voyez ? »

Là dessus la dame appuie sur le bouton du lève-vitre électrique. Némolisseur soupire, et lance un « hé calmez-vous derrière, ça a pas l’air de se déboucher à la Porte Maillot » plein de patience et sans conviction. Au départ Narrateurice était sa copine, enfin il était surtout le copain de Narrateurice…depuis il se sent plus son père finalement, il a l’impression qu’elle prend trop de risque, qu’elle s’identifie trop à son nom de guerre.

Tandis que la Walkyrie chevauchait le torrent impétueux du peuple du nord, en s’agrippant de chaque main aux élans fougueux des renforts parisiens et romains, le noble et courageux anglais avisait un harmonica qui trainait sur le tableau de bord et l’embouchait pour d’une douce mélopée sensuave accommasquer les fracas de la nature en renaissensualité. Hmmhhmmhmmm Sous la bobine de laine jaune chercha-t-il un peu plus prestement car la walkyrie lui faisait savoir qu’elle allait chanter et que son organe puissant pourrait dérouter un peu plus encore nos voisins de boulevard encombrés. Lalalaaa

Némolisseur reconnut dans le récit de sa bien aimée des éléments comminatoires argumentés, qui , sans le commander, le laissèrent fouiller avec vigueur le fouillis qui jonchait la plage avant du combi : il trouva la lettre Y du scrabble de sa grand-mère « faudra que je lui rende » (foin d’indirect libre au paté de campagne), e111t l’empocha derechef.

L’amour est enfant de bohème qui n’a jamais connu de toit.

Peu importe où il s’endort on le réveillera

Et toi s’il te plait dans le bas de mon dos vient le chercher

Viens le chercher ! viens le chercher !

Némolisseur, ne le trouvait pas , l’harmonica , et s’il appréciait les efforts de Narrateurice pour distraire son public involontaire de ses attentions réelle, il savait qu’en chantonnant Carmen , c’était son désespoir de retenir plus longtemps sa joie, dans une délicieuse retenue, elle était au bord du gouffre dont les courants ascendants la terrifiait autant qu’ils la ravissaient, elles et ses compagnons. Némolisseur dit « HA, voila ».

C’est le plus beau tango du monde…

Comprenant la méprise de sa tendre et douce Némolisseur repris « La clé anglaise, j’ai trouvé la clé anglaise »

Regarde-Moi, Ecoute-moi, je ne…

Il la regarda, ce qui il le savait lui ferait éprouver le même désir inassouvi qu’elle ressentait pour pousser cet appel, il sourit néanmoins, l’air désolé  » Non mais c’est parce que j’ai du le ranger dans la boite à gant la dernière fois… » car cet harmonica leur servait parfois « …et la porte est coincée, faut que je la répare »

Une par une je rangeais mes affaires

Une par une au fond de la valise

Et au fond de moi, je me disais, Dépèche-toi Dépèche-toi

« Poupou lidou poupidou Diihiiihiii doulidoudou baaaa » chantonna-t-il par pur sadisme pervers. Il fit levier, en actionnant le bouton, la porte s’ouvrit brutalement…l’harmonica, un Hohner Rocket Low , dont la couleur céruléenne évoquait le paradis, dont la puissance sonnerait la victoire de la vie sur Babylone et ses embouteillages ! Pour clamer sa victoire il sifflota « flufiflulifuuuuu flufiflulifuuu … » puis il emboucha son bel instrument bleu pour la suite de « wind of change » :

I follow the Moskva
Down to Gorky Park
Listening to the wind of change
An August summer night
Soldiers passing by
Listening to the wind of change

Après ce 1er couplet, Karlatin émit quelques « poush poush à intervalle régulier, et Barristion y alla de quelques badabaaaam.

The world is closing in
Did you ever think
That we could be so close, like brothers
The future’s in the air
I can feel it everywhere
Blowing with the wind of change

Take me to the magic of the moment
On a glory night
Where the children of tomorrow dream away (dream away)
In the wind of change

Maintenant tout le van est envahi d’une musique, émouvant, la chorégraphie n’est pas en reste, des balancements aux tressaillements ; Jérémaille s’est bientot joint au groupe par des geignements rythmés qui dans cet ensemble cesse de n’être que dysharmonieux.

Némolisseur souffle glisse et voile les lames de son harmonica, Les lamelles saturées vibrillonnent des sons rauques et des glapissements excités…

La file de voiture n’est pas prés d’avancer derrière eux.

The wind of change
Blows straight into the face of time
Like a stormwind that will ring the freedom bell
For peace of mind
Let your balalaika sing
What my guitar wants to sayTake me to the magic of the moment
On a glory night
Where the children of tomorrow share their dreams

Narrateurice plonge ses yeux dans ceux de Némolisseur, tandis que des gouttes tracent une ligne hésitante et inéluctable sur sa joue, la ligne de son cou et continuer leur route plus bas. Il la suit dans un solo étourdissant puis lanquissant, puis étourdissant, puis encore languissant, à nouveau étourdissant, …bref
Lorsqu’elle atteint son but et sa fin, il en est à son paroxysme.

With you and me with you and me)
Take me to the magic of the moment
On a glory night
Where the children of tomorrow dream away dream away.
In the wind of change, in the wind of change.

Enfin délivrée Narrateurice s’est endormie, l’harmonica a rejoint le « Y » jauni dans la poche géante de Némolisseur, qui regarde droit devant lui parce que la dame de la voiture d’à coté profite que son mari dort pour lui faire des clins d’oeil et des coup de tête lui signifiant de franchir la glissière de sécurité, charmant jeune homme, et qu’il croit bien qu’il en a envie, un peu. Les autres ronflent sauf Jérémaille qui lui propose de prendre le volant s’il le veut. 

Ce qui finit par le décider c’est quand elle envoie sa pelote de laine avec un bout de dentelle attaché au bout, et qu’elle tire par à coup, comme quand on anime une turlutte. Alors il veut bien et il descend sur le macadam par la porte du chauffeur pour que l’autre puisse s’installer, pouvoir faire un tour après un signe de tête à la dame qui prend son sac. En passant à coté des têtes posées sur le toit elle les fixe, jette sa pelote de laine jaune dans le van,  et se dépèche de prendre la main de Némolisseur qui la précède. Il laisse faire. Ils cherchent des yeux un fourré dans les petites heures de la nuit de cette zone urbaine déshydratée, n’en trouve forcément pas, alors elle l’entraine dans les rues où ils disparaissent. Oya vient du Bénin, et Jean-Pierre, en vrai, est juste perdu, ou retrouvé, en tout cas il a un « Y » à rapporter à Issoire et un harmonica dans la poche.

Mais c’est une autre histoire.

18 commentaires

  1. Hum hum, un régal cette histoire !

    Bon, Barristion Narrateurice Karlatin Jérémaille et Némolisseur sont dans un bateau…
    Non, dans un camion, un VW. Ou peut être une malle aux trésors dans laquelle logent, comme dans toute île, toute malle, aux trésors qui se respecte, le Y égaré d’un jeu de Scrabble, un Hohner Rocket Low, une clé anglaise, un gant de boxe, une bobine de laine jaune mais dans laquelle s’entassent aussi une grosse dame, Carmen, Scorpions, William Golding, Freud et j’en passe, du pied du mont Gerbier-du-Jonc à la Porte Maillot…

    Mais, les gars la fille, avec « le grand Bond en avant » à partir des falaises d’Etretat, vous pensez amerrir où ? Et ça va pas mettre un peu Némolisseur en retard pour aller à Issoire ?

    Aimé par 1 personne

    1. C est là que je me dis que j’ai oublié des pieces zt que le moteur de mon van est pas prés de redemarrer
      Ps en fait le festival à été annulé , les falaises d Etretat reunies en ag ayant refusé de cautionner un spectacle mettant scène des animaux ‘urge ou panurge telle est la tension chez les moutons’
      De graves dissensions ont éclaté entre les ‘brebis suicidaires’ – du renouveau dada – et les organisatrices , car d’animal elles n’avaient que le nom! Mais personne n’avait eu l idee d en avertir les ‘falaises balaises’ X ‘falaises à biroute’ x ‘falaises pas.m’quitter’ … le comité inter-trucs d Etretat.
      Pourbla.petite histoire un édile local – plutôt marqué par le calva que politiquement a dit ,aurait dit : ‘en Normandie c’est la révolution ptet ben qu’oui ptet ben qu’non. Si ‘y en a qui reste pour s’en plaindre …on leur sert un canon.’
      Voilà.

      Aimé par 1 personne

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