l’Aönd poursuit sa course vers la nuit

L’agenda ironique de décembre échoit à patchcath quand-la-nuit-tombe. après un périple surréaliste d’Octobre Novembre orchestré par jobougon à qui j’ai prété la main.  Comme elle a choisi de rajouter une étape cela devient önd  ou Aönd – un genre de dieu à tête de canard gréco scandinave qui respire pour l’éternité.  :o)
La règle qu’elle a fixée consiste à prendre la fin, à peu prés exactement, de chaque participation du mois dernier.  Ce qui me parait tout à fait original et …bien.  Les textes dont les phrases en italiques sont extraites :  victorhugotte conversation-agenda-ironique-de-novembre/,  epaisseursansconsistance.com le-copain-dapres,  monesille le-forfait-de-monesillemarinadedhistoires maria-rosalie-et-leurs-divagalogues ,  le mien , laglobule2, patchcath parangouinage-pour-un-agendapplique, jobougon la-bouteille-de-champagne

Voici ce que j’ai fait, une suite à Novembre un peu longue ,  plus de  1200 mots . 

« Incroyable ! Sens-tu l’air chargé d’iode, le goût du sel qui pénètre la peau ? Regarde ! La mer s’approche, c’est marée haute. Regarde, l’étendue mergnifique. ».

Je regardai. Oui, la mer s’étalait, devant nous.  Pourtant je n’avais pas envie de partager cet enthousiasme que je qualifierais d’exagéré, pour ne pas dire forcé.  Et en fait j’étais de cette humeur qui hésite encore entre la taquine et la maussade, qui est comme une goutte d’eau sur le dos de la main du mathématicien de la théorie des jeux.  Alors, j’ai répondu en prenant la tête du professeur Nimbus penché sur une éprouvette  :

« Pas encore. La pinguouination est assez complexe, il va me falloir plus de temps. »

Mais j’avais affaire à forte partie  !  Elle n’allait pas se laisser faire comme ça, ma mère me connaissait un peu comme si elle m’avait conçue.  Elle agita sa queue de cheval à balancier puis se pencha vers mon visage maussaquin, ou moudeur, en s’écriant :

« Fatalimace ! Nous voici en insolitude ! La route court sous l’eau d’artificelles habitudes ! Met tes bottes, enfant. Les écriames et les pingouinations attendront que la polimalie des virgules se solve en délibules mirifiques ! »

Nous voila donc parties en promenade au bord de la mer.  O joie des méduses pourrissantes, merveilles des bouts de plastiques échoués, chiens crotteurs et coureuses essoufflées, cadres suant leur stress en piétinant la laisse, de mer.  Mais maman était comme folle. Toute à son enfance retrouvée elle ne voyait pas le présent, ou à peine, ne ramassant que les beaux galets et autres étoiles de mer séchées.

Soudain c’est arrivé, ce qu’on attendait plus depuis au moins 5 siècles, je n’exagère qu’à peine.  Il faut dire qu’on ne croisait pas trop dans ces eaux là avant cette invitation.  C’est suite à l’épisode avec mon  Barnabé que nous avions été invité « à la mer » par sa famille.  Sur la même plage étirée que maman avait passé les vacances de son enfance. Dans l’avant de l’autre parent que le sort m’avait attribué ne lui fasse subir … ce qu’il avait fait, et les conséquences financières désastreuses. Et depuis, bien sur, qu’il était parti se faire pendre ailleurs, mon géniteur, elle n’avait plus envisagé que le rôle de demi-veuve éplorée, et pas  joyeuse de l’autre coté.  J’aurais cru qu’elle n’y avait même pas pensé, la suite me prouva que si, paradoxalement.

Nous étions donc en train de trier les galets qu’elle et moi avions ramassés, par couleur, par taille et par forme.   Comme toute personne sensée dans cette circonstance j’avais comme objectif non-dit mais évident de me débarrasser d’un maximum de ces saletés, tandis que ma mère jouant son role de guignol avec une conviction peu égalée, tentait d’en sauver « les plus beaux »…  Bon j’avoue que ma sensibilité ressort plus du barbon grincheux que de la jeune fille en fleur. Mais :  ma mère en forêt, ma mère aux supermarchés, ma mère au vide-grenier, ma mère chez NOZ, ma mère à la SPA, ma mère à EMMAÜS … m’ont donné l’irremplaçable  :  le sentiment de l’impermanence des choses, de la futilité de l’existence, de la fuite du temps d’autant plus rapide qu’on a les poches pleines de …cochonneries inutiles.

Je jetais donc un magnifique galet gris, ma mère plongea pour rattraper ce joyau inestimable.  A ce moment là, Onésime réalisa à quel point il était en retard. Les Douze Coups de Midi sonnaient au clocher il se retourna et se mit à courir. Flop Badaboum – collision en tenue d’automne sur le sable, plus de peur que de mal, mais comme il arrive aux planétoïdes primordiaux ils restèrent accrochés, lui par la chaussure haute de marche elle par le gilet de laine informe.  Ils s’accrochèrent ensuite un peu pour se décrocher, lui dans son impatience, elle dans l’angoisse de perdre la merveille qu’elle ne voyait plus.

Finalement ils y arrivèrent, mais le gilet fut abimé, il laissa donc son numéro avant de s’enfuir vers un repas de famille.  Nous nous rendez-virent pour le gouter dans ce salon de thé.  Là évidemment le concours de politesse se solda par un grand éclat de rire devant la mauvaise foi de maman qui prétendait que le gilet était intact et moi faisant passer une tasse à travers le trou, Onésime pour sa part … rit beaucoup plus fort sans doute pour rattraper son retard.

Ils convinrent d’aller ensemble en acheter un autre, de gilet, ça tombait bien c’était les soldes.  Brave Onésime.

Malheureusement cette histoire connut une fin un peu triste pour un des protagonistes, au moins.

Cela commença lorsque  Ma mère lui offrit des jumeleines, qu’ils mangèrent en se fixant les yeux dans les yeux un rendez-vous créaginaire. Ce qu’elle fit dans un endroit bondé de familles, le genre d’endroit qui lui rappelaient son enfance bien sur.  Au départ ils en rirent, trouvant le bout d’une table de 4 déjà occupée par une meute bruyante.  Je les ai imaginés se chuchotant des trucs à l’oreille quand ma mère me raconta qu’on ne s’entendait plus causer.  Ce qui arriva ensuite s’explique-t-il par son émotion nostalgique ?  par l’ambiance infernale de leurs voisins ?  Toujours est-il qu’Onésime raillait les parents avec beaucoup d’esprit les faisant rire de leurs propres enfants.  Maman ne disait rien, ne riait pas.  Tandis qu’ils riaient à nouveau, Maman se leva, incommodée par le grognement des mioches, s’approcha de son ami et lui glissa à l’oreille : « Paradoxalement tu deviens drolatour avec cette diatribe, trouverais-tu que je sens la crevette arctique ? ». 

Bien sur, Onésime ne rit plus.  La fixant droit dans les yeux, ou plutôt entre les deux yeux comme il savait le faire depuis la cour de récréation de cours moyen, il prononça ces mots lourds de sens parce qu’il lui toucha l’intérieur de la cuisse en même temps.

« Chuuuutttt, Elodie, ils sont pour moi, les derniers mots de la fin !Tu peux pas t’en empêcher ! Pffff ! C’est pas moi, c’est le Zébulon. »

 « Alors, on n’a qu’à prononcer des mots d’amour comme ça, ils se tiendront chaud ! »  répliqua-t-elle en lui prenant la main, d’entre ses cuisses, donc.  Elle cligna des yeux vers les parents, inclina la tête vers eux comme pour s’excuser, entre ses dents « c’est la première fois depuis mon divorce. pardon. »

Et ils partirent.  La suite, elle ne me l’a pas racontée.

Elle m’a juste dit que sa douleur consécutivement au départ de mon père avait été telle qu’elle avait fait voeu de chasteté, jusqu’à mon mariage, aussi me priait-elle de ne point trop targiboiser, car Onésime était patient, et elle aussi, d’autant qu’il maitrisait les techniques chinoises.  Mais ce n’était pas la peine qu’on en abusa non plus.

En français dans le texte, avec la queue de cheval qui montre l’impatience de sa propriétaire.  Brave Onésime.

Ce discours était inacceptable, bien sur.  Je m’insurgeai , sa connerie de voeu elle pouvait se la mettre où elle pensait si fort, ça et tous ses galets pourris si elle voulait.  Non mais ça va pas la tête de m’imposer un mariage au nom de convenances médiévales qu’une mule rouquine s’était collée  dans la culotte ?!  Elle avait qu’à penser à l’Angleterre et s’assoir sur son voeu, grand bien lui fasse.

Voilà , bien sur après ça nous nous réconciliâmes, mais je vous avoue que l’image que ma mère avait à mes yeux était un peu écornée, et qu’elle aussi ne me regarda plus jamais comme sa petite complice garante de l’innocence enfantine.

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15 commentaires

  1. J’lavais lu vite hier, je le relis lentement ce matin ; choisir de ne pas choisir, voilà un choix que j’aime et que j’encourage. Et les morceaux (de choix) intercalaires s’intercalent avec l’élégance de l’évidence, presqu’invisibles tant la couture est fine ! je crois que l’önd tient son vainqueur !

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    1. Ben merci. Je retiens qu’on peut le lire vite, parfois j’ai tendance à compliquer contracter, voire capillotracter les phrases.
      J’ai eu plaisir à le faire , j’avoue que jobougon d’abord , puis là patchcath ont réussi quelque chose d’un peu inimaginable, et je ne doute pas que tu …

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  2. Bon jour,
    Je retiens quelques bons morceaux :
    – “une goutte d’eau sur le dos de la main du mathématicien de la théorie des jeux”
    – “O joie des méduses pourrissantes, merveilles des bouts de plastiques échoués, chiens crotteurs et coureuses essoufflées, cadres suant leur stress en piétinant la laisse, de mer.”
    Quoi qu’il en soit c’est une performance. Bravo !
    Max-Louis

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  3. Euhh If I may, l’image d’Onésime en a pris un coup aussi ! je le voyais maladroit, rêveur, un peu style Pierre Richard, mais je ne l’imaginais pas en Don Juan tripoteur ! va falloir que je le recadre :-o

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    1. C’est comme ça que je l’imagine aussi. Pierre Richard « fait le cheval » dans le grand blond, justement. Et pas que là.
      Bon t’façon là il se conduit plutôt en sauveteur qu’en décepteur ton Onesime. Donjuan non, amant on peut le supposer.

      Remarque je ne veux pas non plus te choquer, mettons que c’est un chou adulte et qu’elle est une rose complètement tout à fait déclose qu’un poète se doit d’honorer. ^_^

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