Est-ce une coïncidence ?

Dans presse-ocean, l’alternative nantaise à ouest-france, je lis ça :

Nantes Le tribunal valide l’expulsion des migrants square Daviais

Edit du jeudi 19 juillet :  un nouveau squatt a été ouvert, lire les détails dans Ouest France  :  une-solution-de-repli-adoptee

Edit 31 Juillet :  finalement la solution de repli… certain.e.s ont été relogé en urgence, d’autres sont partis, et aussi ce genre de chose  :

nantes-occupation-du-lycee-cela-a-des-consequences-pour-nous

 

Or il se trouve que j’y suis passé le 14 Juillet matin, pile à cet endroit là, dans des circonstances que je raconterai plus tard, car pour l’instant je dois décrire ce que j’y ai vu.

Pour celles (  féminin neutre, « celles » désigne ici aussi « ceux » ) qui ne connaitraient pas Nantes, le square Daviais est un petit square de centre ville jouxtant la place du commerce. « Commerce » comme les indigènes l’appellent est la place centrale de Nantes, reliée à d’autres places elle abrite l’agence de la Fédération Nationale d’Achat des Cadres  dans un batiment historique … de l’époque florissante.  C’est aussi un des noeuds les plus importants du réseau de transports en commun, qui ne sont plus des navires à voile,  mais des bus et des tramway.  Bien sur elle ( le système de féminin neutre …c’est quand elle fait tiquer qu’elle fait réfléchir ! )  faut encore préciser qu’en anglais « commerce » se dit « deal ».

Des petites tentes alignées partout, serrées les unes contre les autres. A l’heure matinale où je suis passé les gens faisaient la queue pour accéder aux seule toilette publique – pour 400 – à d’autres endroits bien sur ça « justifiait » le surnom que les policiers donnent aux militantes… Les gens paraissaient calmes, sauf le grand blond barbu quand il est sorti de sa tente  ;  il s’agissait sans doute d’un militant.  Une jeune femme éthiopienne, je crois, s’apprêtait à se laver les dents assise au bord du trottoir, juste devant sa tente  ;  le regard qu’elle a posé sur moi quand je suis passé, passant badaud, m’a fait penser à Rimbaud et la fin de sa poésie.

Sur le parking où je me suis garé les voitures allaient et venaient, avec des gens souriants ou, parfois tendus dedans, c’était calme comme un camping aux petites heures, mais pas triste comme Orly le dimanche, ça, non.

J’avais atterri là après une nuit dehors, moi aussi ! En plus !  Mais je n’étais pas du tout triste, presqu’au contraire.

Ma nuit pour ne pas être confortable avait été de ces moments qui deviennent ce qu’on en fait.  Sans rentrer dans les détails de ma vie, j’avais passé une soirée agréable avec quelqu’un après m’être fait rossé, moralement, par quelqu’un d’autre, et ces deux faits me semblaient finalement d’assez bonnes nouvelles.  J’avais toujours une décision à peaufiner car elle était déjà à moitié prise.

Fatigué, en pleine nuit, j’ai arrêté la voiture non loin de la route, en pleine campagne.  En descendant j’ai admiré la voie lactée, le firmament nu de ses voiles, des hardes de pollutions à vrai dire.  J’ai préparé un genre de couchage, pas si improvisé que ça, je le précise pour te donner un aperçu de mon état d’esprit, j’ai bu beaucoup d’eau, fumé, trop, et me suis allongé avec mes pensées, qui une fois réfléchies s’apaisèrent, me laissèrent dormir.  Seul, étranger, donc tranquille.

Au matin j’avoue que l’espèce de grasse matinée de celui qui a enfin trouvé une « bonne position » me fut délicieuse.  La quête d’un café ne m’en parut que plus nécessaire. Comme je voulais voir une 3ème personne à Nantes, qu’elle était encore bien tôt pour faire irruption une lendemain de fête, je me suis dirigé vers la centre, et donc « Commerce ». Et ce fameux square Daviais donc.  Ce qui tombait fort bien, car je m’intéresse à ce sujet en ce moment, mais de loin, pas comme militant ou quoi que  ce soit d’impulsive.  

L’idée m’est venue de m’installer avec elles, et eux.  Bien sur !  Heureusement la queue devant les toilettes m’a dissuadé.  Pour une vraie bonne raison qui me regarde, et pour la raison avouable que ça serait indigne de prétendre partager le sort de ces gentes quand on ne risque strictement rien.  Faudrait pas me prendre pour un député en marche non plus.  Je suis plutot du genre psychiatre dont on se demande s’il n’est pas plus fou que ses malades. Qui ne peut les comprendre qu’en partageant un peu de leur folie, mais certainement pas leur sort. Bon de toute façon je n’ai ni diplome, ni expérience en médecine ou en militantisme  ;  je ne fais donc pas parti du personnel autorisé dans l’enceinte du camp …je plaisante bien sur, tout le monde qui veut aider ou témoigner doit être le bienvenu, j’en suis certain.

Ce serait indigne de laisser croire qu’on peut « choisir » d’être là, qu’on pourrait avoir besoin de « tester » pour voir si c’est vraiment de la dégueulasserie ?  Je ne suis pas le genre de personne qui fait ce genre de chose.  C’est dégueulasse et rien ne peut en atténuer la culpabilité.

La fin de ma matinée a été encore plus étonnante si possible. Je n’avais pas prévu de te la raconter lectrice avide et lecteur envieux, mais puisqu’on en est là autant continuer.

Quand je suis allé sonné à la porte de la 3ème personne, je me suis d’abord garé devant chez elle, et j’ai voulu mettre des sous dans le parcmètre, qu’on appelle horodateur, et là une grande et belle brune, plutot bourgeoise détendue, m’a dit avec un joli sourire « c’est gratuit les jours fériés » en passant…son mari souriait gentiment aussi derrière elle… je ne fais même plus peur aux maris. Remarque ce coup de vieux m’a été moins sévère que lorsque, plus tot dans la journée, après le cassage de gueule par messagerie,  la fille du groupe de jeunes samoans dans un parc, avec leurs musiques à fond, quand elle m’a dit « allez papi danse, alleeeez papi »…c’était gentil de sa part.

La 3ème personne n’étant pas là du tout, dans Nantes quasi déserte, je suis reparti avec mon auto vers ma destination peau-finale ( voir plus haut ), en bord de mer.  Cette matinée de samedi 14 juillet était radieuse, un magnifique 1er jour de vacance… J’ai fait exactement 2,756 km sur la 4 voies avant de m’arrêter net à la suite des milliers d’autres dont c’était le 1er jour de vacance.

Ce n’est pas grave, j’ai une botte secrète pour ces cas là, la « route du milieu », plus communément appelée « les petites routes… mais faut connaitre ».  J’ai donc pris la 1ère sortie, comme si j’allais à la ZAD, mais de l’autre coté ( quoi c’est confus et inexact ?  Oui je ne tiens pas à voir mon itinéraire de délestage envahi par des tourangeaux, ou pire, des parisiennes )( les autres coins c’est les vendéennes ou les rennais les bloquent avant, on est à peu prés tranquille, ça va ;  y a bien quelques mayennais qui s’aventurent mais ils ne sont guère nombreux et puis comme ça mord pas bien fort le mayennais on peut les laisser aux gosses, ça les entraine )( bienvenue en Bretagne au fait ).

Bon du coup je me retrouve à aller voir la plus grande centrale thermique de république française, une des seules centrale au charbon encore en activité.  Intéressant, à coté il y a un stade, un gymnase, une salle de spectacle… et derrière, tout petit, le quai de déchargement du charbon. Mais, en fait je venais voir le « point de vue » car l’occasion fait le larron.

C’est superbe. L’oeuvre d’art contemporain, qui est aussi un gite, étonne bien sur. Mais surtout le panorama qui rappelle que Nantes doit être « sauvé » comme port depuis la fin du 18ème siècle ; ils ont quand même fait un canal juste pour que les bateaux du fameux « commerce » continuent de bien ramener l’or jusqu’en ville.  Mais la vue sur l’estuaire, si on le regarde de très loin en oubliant qu’on appartient à la même espèce que les mammifères, primates, qui ont construit tout ça, c’est beau, comme une termitière, comme du corail, comme une toile d’araignée imprégnée de rosée, comme la roue d’un paon…

Je n’y étais pas seul  !  Un groupe d’homme un peu bruyant appartenant sans doute à la centrale a déboulé puis est reparti, ensuite un couple a garé sa porsche au pied de la cheminée.  J’ai bien sur lié connaissance avec ces personnes, nous partagions beaucoup de gouts, l’estuaire et la crêperie du port de Lavau,, par exemple.  Et tu vois, lectrice acharnée, lecteur sans emploi, les seules qui me restent après tant d’années d’inertie, j’ai manqué d’intelligence, je n’ai pas saisi l’occasion de leur demander leur avis sur le square Daviais, ou de leur laisser mes coordonnées.  Je communique mal, j’ai perdu les réflexes.

Après ça j’ai suivi le plus grand fleuve de France, jusqu’au mémorial à Sant-Nazer.

6 commentaires

  1. un texte poétique qui me laisse toute drôle …

    Rimbaud : Voyelles

    A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu, voyelles,
    Je dirai quelque jour vos naissances latentes.
    A, noir corset velu des mouches éclatantes
    Qui bombillent autour des puanteurs cruelles,

    Golfe d’ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes,
    Lance des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles
    I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
    Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

    U, cycles, vibrements divins des mers virides,
    Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
    Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

    O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
    Silences traversés des Mondes et des Anges :
    — O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

    tu ne communiques pas mal , tu as peut être trop de choses à dire ….j’aime bien ce vécu !
    :smile:

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