AI of Oktober 2017

cafe m. Verlaine à Coupiac AI d’octobre – carnets paresseux

 

Par une ironie telle qu’en réserve parfois le calendrier j’ai assisté un vendredi 13 à une pièce de théâtre qui me délivrait la mauvaise nouvelle suprême  : j’allais être obligé d’abandonner la littérature.

Encore une fois.  Encore.

Mais mon chemin de souffrance intime ne s’arrêterait pas là, pas là ce jour là, pas là pour l’instant, j’allais devoir continuer comme un papillon se cogne les ailes contre un vitrage brûlant, protégé quand même du filament mortel , ceux de l’ampoule, le vitrage, et, le filament.   Forcément sublime le papillon dans sa quête d’une  lumière qui signifie sa destruction.

Duras laissait entendre que ne pas écrire est le plus sur chemin pour ne pas être écrivain, et à cause de ça j’étais désespéré, aussi j’ai fait ce que je fais tout le temps  quand je suis désespéré  :   j’ai pris mon automobile d’écrivain, un tacot qui fut de luxe puis « de collection », qui fait genre style et ravit mon patron qui m’adore car sans ça je l’aurais larguer lui et ses foutus clients depuis longtemps  ! Les collec’ c’est comme l’ortographologie antiquaire le gouffre de la vitalité de la langue.

Alors j’ai roulé, n’importe où, à travers les campagnes, les montagnes, les chemins, roulé vers mon destin d’écrivain raté dans ma voiture d’écrivain réussi, puisqu’aussi bien avoir l’air c’est déjà la moitié de la chanson, et qu’un jour j’écrirai, oui j’écrirai, moi, je , écrirai des paroles d’une chanson dont j’ai déjà l’air.  Oui, forcément.

Alors, encore une fois le destin en marche, tout est écrit,  m’a fait arriver dans ce café, perdu au fond d’une compagne, ou d’une mantagne, une campagne de montagne, quoi, et ces néologismes ont un but précis, car ils permettent de distiller des messages subliminaux dans l’esprit de mon lecteur.  C’est un métier tu sais, lecteur ébahi.

Je me serais bien arrêté dans un autre mais je n’avais plus d’essence.  Quand je suis entré dans le café il y avait un type qui déclamait un poème.  On aurait dit un bouffi de Marseille, tout maigre, tout jaune et tout vacillant comme suspendu par la tête au plafond.

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La pièce que j’ai vraiment vue et qui vaut le coup reprend l’intégrale des propos de l’un et de l’autre

 

« Migraine allons boire, je t’arrose.
Depuis ce matin je glose.
J’dégoise on dirait un
Qu’a les ch’veux teints.

Sans blague j’en ai marre
Faut expliquer toujours
Comment qu’on tient la barre
Au dernier con du jour

Migraine allons voir si la rosse
qui ce matin m’a fait une bosse
Ce soir encore va m’en vouloir
Ou bien qu’elle va m’laisser boire. »

 

Le temps que j’échange quelques mots avec le patron, un type coiffé avec les cheveux en l’air, et une moustache à la Jean Rochefort, très sympa, le bouffi continuait à marmonner.

Soudain la porte du café vola et claqua contre le mur. Dans l’encadrement à contre-jour ne se dressait pas, mais se posait là, dans une pose qui en imposait, une femme vieille qui fit une pause le temps, sans doute, je l’imagine par mon métier d’écrivain, que ses yeux couverts de lunettes en écaille, avec des verres très épais, s’accoutumassent.

Ils s’accoutumirent assez vite car ils en avaient l’habitude répétée, je le subodore par mon expérience de la vie et de l’observation qui fait partie de mon métier, car elle se dirigea vers le bord du bar où le bouffi se trouvait et fit entendre sa voix qui évoquait la crécelle et la porte qui grince, une voix qui bien que moche à se pendre évoquait la noblesse de gloires passées depuis longtemps, et le guerroyage contre les sauvages de pays conquis par la force et la cruauté d’un peuple dominateur.

« Louis-Ernest, sale connard de fainéant, t’as pas fini ton chapitre et t’es encore bourré avant la nuit tombée. Sans moi en plus.   Chaton mets-moi un spritz, pis range pas les bouteilles, j’ai soif. » J’appris ainsi le surnom du garçon sympathique qui tenait cet établissement et admirait son habileté à servir les cocktails tout en répliquant aux clientes compliquées « un spritz qui marche pour madame Suzanne Donnadieu ».

« ouais bonne idée, un pour moi aussi » renchérit Louis-Ernest visiblement soulagé par l’attitude de sa compagne dominatrice.

« si je peux me permettre de me joindre à vous, j’en prendrais un aussi. Et je paye la tournée si Chaton se joint à nous ! » surenchérit-je en lançant un sourire enjôleur au chat en question, qui accepta en fermant les yeux avec un doux sourire.

Oui j’étais envieux de m’inclusionner dans ce club fermé du café m. Verlaine, qui avait tous les caractères qui font un grand écrivain, mais éparpillés façon puzzle.  Ici Chaton allait chasser Duras de mes pensées.

intimecompagnie.com

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17 commentaires

    1. Oui à ceci prés qu’en général les écrivains maudits modernes sont abstinents, du coup on boit du thé, voire des tisanes et qu’on se trouve en ville :)

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    1. Harrrh je suis démasqué, c’est un café vendéen où on jour au palet ( de cuivre sur planche de plomb ) dans la cour. ;)
      (merci pour les compliments )

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    1. Ha tu es un connaisseur contrairement au narrateur (il a des excuses : il n’a eu la chance de manger ce mets exquis que dans une brasserie parisienne tenue par un marseillais )😉

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