lettre-envoyee-a-une-vieille-amie

Ceci est une republication.  Le texte original a été publié sur plusieurs sites.  Pwezidol se prenait aussi pour un grand professeur de morale.  J’aime bien re-publier ses vieux trucs.

 

« Salut toi,

ça va ?
te souviens-tu de cette époque où nous avions 15 ans ?

Te souviens-tu de ces vieilles femmes, dont notre prof de français, qui regardaient nos copains la bave au lèvre et la mini jupe en bataille ?

J’en ai recroisé une, elle se faisait molester par une bande de Zoulou , elle tentait de protéger sa retraite qu’elle avait prise à la caisse d’épargne juste avant. Elle s’habillait encore comme la baba cool qu’elle n’avait jamais cessé d’être au fond, juste son sac était siglé eco-responsable.

J’ai failli intervenir. Tu sais bien que ce n’est pas une bande de petits cons qui me font peur.
Et puis je l’ai reconnue.
Et ses discours de vieille élitiste me sont revenus en mémoire. Alors j’ai laissé courir.

Heureusement pour ma bonne conscience les flics sont arrivés et la jeune fliquette a fait tomber le chef de bande et l’a massacré à coup de bâton. Un petit bout de bonne femme mais elle savait s’y prendre et n’aurait pas laissé aux salauds le monopole de la violence. Elle défendait la loi et aussi cette femme.

La vieille s’est laissé rassurer par son collègue une fois la bande dispersée, une fois le voyou dominant maîtrisé. Lui, le collègue, c’était un gentil jeune homme, le cheveu un peu trop long pour sa casquette. La vieille était aux anges, elle lui posait la main sur l’avant-bras, puis sur la poitrine, se blottissait contre lui, le remerciait à foison. Pour la fliquette…elle lui jetait des regards sombres et a fini par lui reprocher d’être trop violente avec le voyou.

Du coup ça m’a rappelé la fois où elle nous avait projeté un film de Costa Gravas, dont j’étais ressortie toute effondrée et désespérée de la nature humaine.
Tu m’avais consolée en me disant que tout de même, malgré la mort et la maladie, la folie des hommes, il y avait du progrès, lent ; tu m’avais dit que tu connaissais des flics, qui tachaient d’améliorer les choses, que parfois ils choisissaient la loyauté aux collègues, mais faisaient leur possible pour que d’un état lamentable on passe à un état plus acceptable. Que la plupart avaient la conscience d’une mission de protection des plus faibles qui étaient toujours ceux qui souffrent le plus des désordres finalement.
Comme cette vieille femme de tout à l’heure.

C’est à cette époque, et même ce jour là, que je t’ai bannie de ma vie, que je t’ai renvoyée à ce que j’ai appelé « tes amis les flics ».
Par la suite j’ai vu ton regard peiné quand je me pavanais avec les autres favoris de cette prof de français. Et mes rires tonitruants, et mes mines mi-modeste et mi-faux-culs.
Et mes démonstrations qui disaient combien j’étais mieux sans toi.

J’ai vieilli. Et l’autre jour il a fallu que je calme ma fille, qui se mettait en boule et risquait de perdre le bénéfice de 3 années d’efforts à cause d’une injustice qu’elle ne comprenait pas.
Et pour ce faire j’ai essayé de lui démontrer que cette injustice, dégueulasse certes, n’était pas totalement absurde, qu’il y fallait mesurer la part d’ombre et de lumière, les signes d’espoir qu’elle pouvait y voir.
Bien sur le discours que tout parent responsable sert au fruit de ses entrailles malheureux parce que la révolte impuissante est un poison qu’on ne souhaite à personne quand on a du ravaler sa bile, ou pire qu’on a apprécié sa propre impertinence aux fruits de fiel qu’elle a donné tout aussi injustement. Quand on s’est beaucoup trompé.

Et sa réaction violente m’a rappelé ton regard. Je me suis vue à ta place. Et j’ai compris les émotions qui t’ont traversée à ce moment là. Et pourquoi tu m’avais laissé plutôt que te rebeller à l’injustice que je t’avais fait subir alors.

Je t’écris pour te demander pardon. Si tu avais réagi comme moi à l’époque tu me haïrais, je sais que ce n’est pas le cas, si tu avais su ce qu’était la haine idéaliste tu aurais sans doute mieux su m’expliquer ou tu te serais tue ce jour là.
Pardon, tu avais raison, l’espoir en l’humanité c’est dans les pires moments qu’il est difficile à garder, et c’est là qu’on a besoin de lui trouver les moindres bribes de raison.

Ton amie S

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19 commentaires

  1. J’ai un copain CRS, après avoir beaucoup tapé sur la gueule des gens, il est devenu mystique, il regarde maintenant « Alien Théorie » sur RMC. Non, non, faut pas croire y a vraiment des flics bien…(surtout ceux qui sont à la retraite d’ailleurs…)

    Aimé par 1 personne

    1. Le fait est qu’on peut être quelqu’un de bien et faire des erreurs, voire commettre des actes abominables en croyant bien faire. L’histoire regorge de cas comme celui là – il suffit de penser aux soldats de la guerre de 14-18.

      « le mieux est l’ennemi du bien » peut se lire comme « le moindre mal est toujours un mal ».

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    1. Si si tout à fait un mauvais coucheur. Du moins c’est ce qu’il en transparait.
      Mais ces textes étaient pas si mal parfois.

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      1. Il reviendra si suzanne, grande archéologue des fonds de bouillon, le décide…
        (sur ordre de doktor ouate)

        parenthèse bis: ou pas car elle s’octroie cependant un droit de réserve et de libre pensée,

        parenthèse ter: comme tout un chacun en dispose d’ailleurs s’il est en mesure de s’accorder cette liberté à son égard.

        parenthèse quater: liberté oui mais pas si facile que ça dans tous nos instants de vie car synonymes parfois de confrontation au danger ou à l’insécurité.

        parenthèse quinquietcétéra…

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