A/R – Les habits

« Dans la gare » 

1 – Georges 

2 – Lala et Suite

3 – Le barman et Fin

« En route » 

1 – L’affiche du cirque

2 – Les habits

3 – Les scoubidous

« A l’appartement » 

1 – Bain !

 2 – Repas

Lala interloquée par ce qu’on vient de lui apprendre prend son revers de chemise pour y coller son nez, qu’elle a fort joli d’ailleurs quoiqu’un peu trop long. En effet elle ne sent pas très bon, la chemise. Son existence ces derniers jours a été quelque peu ballottée par l’imprévu. Pour tout dire son séjour touristique ne se déroule pas du tout comme prévu. Son éjection du train n’était que le dernier épisode d’une série de déceptions, et de maladresses de sa part, certes.
« ho ! » fit-elle, « je aller à l’hôtel… là. laver. » en montrant d’une main relâchée au bout de son bras tendu la perspective encore longue de la rue.
Georges lève les sourcils trés haut ce qui donne à son visage l’expression d’un poulet circonspect autant que stupide :
« Ils ont des baignoires, là ? »

Pourquoi s’intéresse-t-il à Lala et aux conditions de sa propreté ? Il n’aurait su le dire – parce qu’il ne s’intéresse pas du tout à Lala. Il résout un problème avec son esprit « en piège de l’ours », comme dit Monsieur Straight de sa fille.

« ho, douche bon, douche bon ! » répète Lala.

En fait si « douche bon », « bain meilleur », « bain très très bon »…bain infiniment désirable dans son état.  Mais l’idée prendrait un peu de temps avant d’émerger de son subconscient pour devenir une nécessité impérieuse.  Un de ses désirs qui d’inexistants quand ils sont inaccessibles, envahissent notre conscience obsédée quand on les croit à portée de main  :  « Se faire belle », « avoir un amoureux », « un bon repas chaud », « toucher les seins de la femme », « avoir un homme/une femme à soi »…ou tout simplement se permettre une douceur, une pointe de vitesse, un affront à l’ordre établi, une petite cruauté, un « petit » verre… la femme de sa vie…

Georges opine du chef pour convenir que la douche est bonne pour nettoyer le corps de Lala, son problème actuel.

Puis, il soulève ses sourcils inquisitoriaux et un autre aspect de la propreté de Lala :
« et les habits ? ils lavent les habits à l’hôtel. ? ».
« je sais pas. » concède-t-elle qui baisse la tète et regarde ses effets entassés par terre à peine enveloppés dans son cabas, ce qu’elle porte sur elle, son sac de sport kaki avant de conclure :
« ça, problème. »

« ha ! » triomphe Georges. Maman n’aimait pas beaucoup quand il avait raison comme ça, contre elle. Elle lui en accordait le bénéfice mais, devant son attitude vaniteuse, elle déclarait : « Aussitôt que tu es moins idiot, t’es un peu con, quand même ». Elle souriait alors de manière que Georges avait fini par comprendre que lui devenant « con plutot qu’idiot » la rendait à la fois fière et rassurée de ses capacités, aimante encore malgré une déception qui venait moins de lui-mème que de quelque chose d’infiniment plus vaste. Cette amertume légère, et joyeuse par certains cotés, dont Maman ne se déparait jamais vraiment, avait fini par prendre chez Georges la forme d’une certaine sagesse simple face aux circonstances heureuses ou malheureuses de l’existence.
D’ailleurs cela faisait longtemps que Maman ne l’avait plus dit…

Soudain, Georges ne sait plus. Son esprit est comme un chien au bout d’une longue chaîne qu’il oublie  et s’élance du fond de la cour vers le nouvel arrivant, avant de se faire étrangler et lancer en l’air d’un même mouvement, pour se retrouver étourdi et jeté à terre. Ahuri, assommé, le souffle coupé.

Lala est désolée à ce spectacle, ses lèvres se replient comme si elle n’avait plus de dent, elle serre un poing et le balance à hauteur de la hanche, comme le mexicain de Tintin en Amérique quand il fait « Caramba, encore raté ». Elle lève un sourire en coin , en secret , afin d’accepter son sort à elle, pas au spectacle de la détresse. Elle porte son regard vers un coin du ciel à droite, pour y chercher un moyen de sortir de l’ornière, puis en haut pour implorer la mémoire d’un de ses morts de la laisser en paix, ou pour le remercier d’avoir ouvert son cœur, elle n’a pas encore statué sur cette question.

Finalement elle sort une CAMEL du paquet qui est dans une des poches du sac, se la colle au bec, l’allume, rejette la fumée de la première bouffée au dessus de la tète de Georges. Elle sourit doucement, elle fume en évitant de souffler vers Georges en tordant la bouche, ou en tournant la tête.

« moi demander. toi venir ? » Dit-elle au bout d’un moment. Elle fronce légèrement le sourcil, imitant un peu Georges tout à l’heure, qui imite lui-mème Maman, mais ça Lala ne le sait pas. Elle sait en revanche que l’imitation peut être une bonne idée, alors elle s’y laisse aller, un peu.

Georges la regarde un instant, sans expression, puis avec un faible sourire, à peine un voile levé,
« venir où ? »
« à l’hôtel. ! moi demander si eux lavent mes habits ! »
« ha. » Disant cela il reste les bras ballants le regard au sol, enfin il jette un coup d’œil à l’affiche du cirque, sourit et ajoute :
« viens à la maison, Maman lavera tout ça avec la machine. Aussi, des fois Maman me laisse faire, il faut mettre à 30, un gobelet de lessive à gauche, un bouchon d’adoucissant au milieu, dans le bleu. Si tu veux je laverais tes habits. » Il semble avoir oublié qu’il ne l’aime pas, ne plus du tout être attristé, être de nouveau complètement idiot et gentil. Il a tout oublié.
Lala prise de panique répond tut de suite  :
« non non non non. Je pas venir  maison, je pas voir Maman à toi. Je aller hôtel. si tu veux, tu venir avec. »

Georges toujours pris dans ses pensées, ou incapable d’y maintenir la cohérence, se met à marcher,
« d’accord, on y va, Alors tu viens ? Je prends ton sac. » dit-il, revenant aussitôt pour empoigner le cabas de Lala et partir vers l’hôtel.
Lala …hausse les épaules et lui emboîte le pas.
« Et puis j’irai dire à Maman que le cirque est en ville. Elle sera contente. » renchérit joyeusement Georges.
Lala entend à peine cette dernière phrase parce qu’elle s’imagine sous une douche, ou mème, encore mieux s’il y a une baignoire dans sa chambre à l’hotel, dans un bain, moussant. Il faudra prendre une chambre avec bain.
Ils cheminent chacun un sac sur l’ épaule, presque cote à cote, vers le bout de la rue, laissant derrière eux l’affiche du cirque, jusqu’à atteindre l’établissement conseillé à Lala.

« Dans la gare » 

1 – Georges 

2 – Lala et Suite

3 – Le barman et Fin

« En route » 

1 – L’affiche du cirque

2 – Les habits

3 – Les scoubidous

« A l’appartement » 

1 – Bain !

 2 – Repas 

 

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