A/R – L’affiche du cirque

« Dans la gare » 

1 – Georges 

2 – Lala et Suite

3 – Le barman et Fin

« En route » 

1 – L’affiche du cirque

2 – Les habits

3 – Les scoubidous

« A l’appartement » 

1 – Bain !

 2 – Repas

 

  Maman aimait tant le cirque. Sur l’affiche le clown blanc sourit, énorme sourire sous son chapeau pointu au trois pompons, le chapiteau rayé de bleu et de blanc, fait un fond de firmament. Ô Comme elle riait, à chaque fois, les yeux écarquillés, avec les cils en étoile autour, comme les enfants, comme le clown sur l’affiche. Il a les bras ouverts et tout un zoo s’en échappe. Maman toujours au ras de la piste, tout prés du rideau, pour les voir quand ils sortaient, tremblait au lion qui rugit, là sur l’affiche en secouant sa crinière. Mais pas autant tout de même que lorsqu’elle voyait les acrobates s’élançer et tournoyer si haut, à toucher le ciel de toile  ;  tandis que par là dessous une foule de chevaux et de phoques, de clowns et de jongleurs, de danseuses et d’hercules, fait des tours extraordinaires… Georges aussi avait peur, ou riait, et fondait. Ils se tenaient la main tous les deux si fort, à en avoir mal, à strier la peau en rouge et blanc, à se casser les os, presque. Ils sursautaient aux explosions des magiciens, tous deux noués par leurs mains, puis tous deux désolés d’avoir serré si fort. Georges était alors reconnaissant à Maman d’avoir été là, et fier d’avoir été là pour elle ; elle semblait plutot partagée entre la honte de s’être laissée prendre, encore à son àge, et l’orgueil d’être restée sensible à toutes ces pitreries, et elle regardait Georges comme la cause de cette honte et de cette sensibilité, l’auteur de cet écartèlement secret. Heureusement à la fin des numéros on se défoulait en applaudissant, on écoulait une partie du trop-plein. Une main se pose à l’épaule de Georges dans un geste de camarade qui aide à se relever. Georges ne la remarque pas tout de suite perdu qu’il est dans les détails de l’affiche dont chacun lui évoque un bouquet d’émotions, le chatoiement du sentiment qui le rattache à sa mère. « Tu pleures » ce n’est ni une question ni une affirmation, c’est une proposition qui vient avec la main. Georges se retourne enfin. C’est Lala. Elle a posé son cabas pour rasséréner Georges, elle tient encore son sac kaki sur l’épaule. D’abord Georges n’aime pas Lala, depuis la gare. D’abord Georges trouve qu’elle est mal habillée, pas du tout comme une dame et qu’elle ne sent pas très bon ; et d’ailleurs il a vu qu’elle était sale et malpolie à la gare.  Et d’ailleurs Maman disait toujours de ne pas se fier aux gens qu’on ne connait pas dans la rue. Tout à l’heure Lala l’avait vu de loin avec son blouson bleu marine, planté devant l’affiche toute neuve du cirque. A cette heure du milieu de la matinée il n’y a pas grand monde dans les rues, même commerçantes. Pendant les minutes qu’elle a marché vers lui, et l’affiche du cirque, elle a pu penser à la manière de lui parler, ou de l’éviter, s’il restait en place. Ce qu’elle avait perçu de sa détresse à la gare le lui avait rendu moins étranger que le reste de ce pays. Sa route vers l’hôtel passait par l’endroit où il était, mais elle aurait pu passer sur le trottoir d’en face  ;  achevant ainsi de le rejeter. Au fond ça lui était égal que ce « nerozummo » soit malheureux, ce n’était pas son histoire à elle. Même s’il lui rappelait Hryhory, le frère de… « Heu… » il passe le dos de sa main sur son œil, le bout de ses doigts sur les paupières de l’autre. « ha ». il regarde le bout humide de ses doigts, essuie sa main sur son pantalon puis prends un mouchoir du paquet de la poche de son blouson pour essuyer plus soigneusement ses larmes qui ont inondé ses joues et ses paupières. Quand il relève la tête elle le regarde avec un sourire vaste et profond comme la steppe dans le regard de qui y a toujours vécu, qui a toujours voyagé loin pour trouver peu.  Une espèce de sourire de clown aussi, qui rirait de la bouche trop grande et pleurerait des yeux écarquillés, et tendres. Au fond il ne sait plus quoi penser d’elle. Il essaie d’expliquer  : « C’est le cirque, il revient tous les ans. Moi et Maman… » sa phrase s’arrête dans un soupir à l’envers, une sorte d’inspiration violente, comme après un étouffement. Puis il se replie sur lui-même comme la flamme d’un briquet au bout de son essence. Et il se voûte, les bras pendants et la tête baissée, les épaules soulevées par ses inspirations courtes, comme les échos prolongés de celle qui l’a coupé dans son discours. Et là Lala l’enveloppe de son bras confraternel, elle le soutient comme pour aider à marcher. Mais elle ne peut pas laisser son cabas sur le trottoir de toute façon. Elle lève les yeux au ciel, l’air désolé qui regrette de ne pas avoir choisi l’autre trottoir encore à nouvreau. Georges se reprend, assez vite, il la regarde les sourcils froncés et sérieux. Il ne l’aime pas plus qu’avant, mais c’est un bon garçon. Bien élevé.  Alors pour répondre à la première urgence, à son avis, concernant cette jeune femme qu’il ne peut plus éviter , maintenant, quand même, « Tu sens mauvais, tu veux te laver ? » demande-t-il.

« Dans la gare » 

1 – Georges 

2 – Lala et Suite

3 – Le barman et Fin

« En route » 

1 – L’affiche du cirque

2 – Les habits

3 – Les scoubidous

« A l’appartement » 

1 – Bain !

 2 – Repas

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