La fin de Jay

Le petit mot de Suzanne  :  il semblerait d’après nos recherches sur les hiéroglyphes de pwezidol que Jay rick han ait été un des noms de la « légion » infernale de ses identités.  hihihi.  la mort de Jay aurait été une manière d’exorciser les démons de cet être étrange et complexe  :  l’amour impossible, l’amour asymétrique, le questionnement de l’identité, la reconnaissance de l’humanité.  La 1ère publication de ce texte est datée au #14 carbone aux alentours de Novembre 2010.
 

Jay m’avait entrainé à retourner dans ce coin de désert dont je lui avais montré une photo prise lors d’un voyage de groupe il y a 10 ans.

A la vue de la photo il avait eu un moment de stupeur étonnée, puis une prostration, assis là dans notre canapé framboise.
C’était un paysage désertique, rocailleux ; on y voyait un rocher tabulaire se détacher devant une plaine immense, terminée au loin par une crète de montagne.
Jay était en proie à une agitation désordonnée, il murmurait, s’exclamait , tournait, virait, aprés s’être relevé du canapé.
« Je dois aller là. On y va, tu m’accompagnes » finit-il par me dire droit dans les yeux. En appelant notre agence de voyage il me dévisageait.
Il me caressait le visage avec une tendresse inaccoutumée, un trouble légèrement douloureux dans les yeux.

Je l’aime, depuis que j’ai découvert mon homosexualité je n’ai jamais éprouvé un tel attachement. C’est mon homme. Je l’aime.
Je ne voudrais pas avoir à faire un tel choix mais je mourrais pour lui. Je crois. C’est un être sombre et sujet à des humeurs difficiles à subir.
Mais je vis avec lui, au Village, dans la communauté homosexuelle de New-york.

Nous marchons dans le désert. Nous arrivons à l’emplacement exact. A cette table minérale ocre pàle au sommet de cette petite colline, un tumulus,
au milieu de cette plaine de sable, de cailloux et de rocher, poussiereuse, grise, beige.

Jay en voyant le rocher a souri, comme un enfant d’abord puis comme un jeune marié puis avec la tendresse d’un vieillard usé.
Il touche la table de pierre, la main à plat il la parcourt, dessus, sur les cotés, il en fait le tour. Il pose sa joue dessus.
Il l’embrasse tendrement.

Il est là devant moi, il s’est repris de sa communion étrange avec le rocher.
« Tu vas devoir être courageux mon petit chéri, mon tendre compagnon. Je vais te quitter ici. Je n’ai pas de billet retour.
Tu vas souffrir ici, tu dois l’accepter, tu devras faire ce qu’il y aura à faire. Après »

Mon visage n’exprime rien, je ne ressens rien, je ne comprends pas. Il a l’air si détendu, ravi presque. Son visage n’a jamais exprimé autant de sérenité.
Comme à la fin d’un orage d’hiver, d’une tempète, ses yeux bleus sont comme deux lacs de montagne dont je ne sais s’ils reflètent son àme ou la mienne.

« Quelqu’un va venir. Tu devras faire attention à toi, je l’ai engagé pour un travail précis, tu devras le payer ; c’est un être violent, implacable,
ne t’opposes pas à lui. Il en va de ta survie »
« Ce qui va m’arriver est ce que je souhaite depuis des siècles. Ce n’est pas une image » a-til précisé amusé à l’intention de l’intellectuel New Yorkais dont il s’est si souvent gaussé.
« Ce rocher renferme l’àme de ma bien aimée. Ma moitié. Je la cherche à travers mes incarnations successives depuis si longtemps. Je vais m’unir à elle. Pour celà je dois mourir.
Celà devrait la libérer. »

« – mais tu es homosexuel ! Je t’aime…et …tu m’aimes, non ? »
« – je ne suis homosexuel que comme je pourrais être un aigle ou un scarabée. Tu ne te souviens pas avoir été un scarabée, tes courses dans les chemins, tes festins de miettes
tes bains de gouttes d’eau ?
J’ai dit « cette femme » parce que c’est ainsi que je l’ai connue, j’étais son étalon préféré, le seul qu’elle aimait. Physiquement je veux dire.
Je l’ai fait tomber de sur moi. Je l’ai trahie.
Ma quète séculaire est la rançon de cette faute. Elle m’attend depuis, malheureuse comme une pierre »
Il sourit ironiquement comme un garnement de ce jeu de mot tragique. Il a perdu la raison. Quoiqu’il arrive je l’ai perdu, déjà.

Il se déshabille entierement, plie soigneusement ses affaires en un tas carré, militaire.
« Tu trouveras tout ce dont tu as besoin pour la suite dans cette poche.
Pardon. Il me fallait quelqu’un pour le faire. Tu t’en sortiras, allez »
Il me caresse la joue, laisse trainer sa main sur ma hanche et mes fesses en se retournant.

Il est sur la table, en croix allongé, sur le ventre. Le soleil à son midi dévore sa peau, le brule, ses fesses sont deux tomates.
J’ai envie de lui, moi assis dans l’ombre proche, assomé j’attends, hébèté je m’hydrate.

Un galop résonne un homme tout en tissu monte un pur sang qui s’arrete à coté de la table minérale.
Il se laisse tomber à terre, et parle à Jay d’un ton brutal d’une langue gutturale. Il est d’ici, du désert.
Jay lui répond, sa voix écorche trébuche une supplique, ces mots qu’il répète à l’envi, qu’il hurle maintenant.
Du tissu sort un poignard recourbé. L’homme brandit son arme en vérifie le fil au soleil, d’un doigt machinal.
Il empoigne les cheveux de Jay lui tire la tête en arriere. Un ràle de soulagement s’échappe de cette gorge tendue.
Bientot tranchée, dont le sang s’écoule à bouillons énormes puis decrescendo.
Le sang rouge de mon amant fait une tache de couleur violente en s’étalant sur la table de sacrifice, en suivant la courbe du corps de mon ex-amant, feu mon amant. Jay.

Au dessus le ciel semble vibrer de la vapeur qui s’échappe déjà. Je contemple le spectacle la main devant la bouche.
Je n’ai pas crié.

L’homme de tissu contemple son ouvrage, constate que Jay meurt. Se tourne vers moi et le couteau en avant me crache un ordre.
Que je ne comprends pas. Il me le crie une deuxième fois en tendant sa lame vers moi.
Je ne comprends pas. J’ai peur.
Il me gifle, de sa lame m’estafile la joue.
Les mains comme du pop corn au micro-onde, je commence à fouiller les poches de Jay.
Je finis par trouver une enveloppe kraft. Que j’ouvre.
Un carnet, une liasse de billet, une autre enveloppe.
L’homme s’empare des billets jette le reste à terre. Il m’empoigne la nuque. Me tire à genoux devant lui.
Son regard sourit, il place sa lame contre ma gorge.

Le craquement qui résonne alors le fait se retourner, en alerte.
La table s’est scindé en deux. Le corp de Jay a glissé dans la crevasse. On voit des volutes oranges monter vers le ciel.
Sans doute du sable sous la pierre, projeté en l’air par le choc. La table soumise à un changement de température a cédé à ses contraintes internes.

Je pleure, je suis vidé. Il me pousse sur le dos, s’assoit sur moi, prend mon visage entre ses deux mains étonament douces. Il me scrute.
Le sourire y est toujours, mais c’est le sourire d’un camarade, d’un frère – il prononce des mots incompréhensibles qui disent la grandeur du monde,
de la beauté de mon geste, du respect qu’il me doit. Enfin je crois, j’acquiesce à ça.
Oui je l’aime. Jay. C’est pour ça que je suis là.

Il s’éloigne, dans la plaine, au galop soulevant la poussière.

Le carnet en carton huilé fermé par un élastique, je l’avais offert à Jay, qui s’en foutait, contient le journal des pensées de Jay.
Il raconte que cette femme et ce cheval ont été ensemble depuis des millènaires, qu’il femme cultivé avait été enlevé et violé par elle
homme au front bas rusé et violent, aux pensées fumeuses et poètiques.
Qu’ils avaient eu des enfants qui étaient cultivés et violents, brumeux et sensibles. Que leurs enfants si nombreux étaient partis à la conquète du monde.
Il raconte encore leurs tournoiement de réincarnation.

Il y dit finalement ce que je dois faire ce que je dois raconter. Je creuse le sable caillouteux de mes mains. Enfouit ce qui reste de Jay dedans.
Pousse la moitié de la table dessus. Et repart au désert vers une vie urbaine.

David Bowie – Life on Mars 2005 par bebepanda
Dans l’article wikipedia sur cette chanson on apprend qu’il aurait éxisté une version de « comme d’habitude » par Bowie intitulée « even a fool learns to love ».

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