A/R – Georges


Georges allait à la gare tous les jours pour attendre la femme de sa vie.
Il faisait un peu ça depuis des années, et encore plus depuis quelques semaines. Auparavant il ne venait pas tout à fait tous les jours, à peu prés une fois ou deux par semaine. De même il ne restait pas toute la journée, seulement quelques instants, à peine plus longtemps que la plupart des voyageurs.
Alors que là, c’était tous les jours ou presque, et toute la journée, ou presque.

Au début il avait accompli sa petite routine si tranquillement, si gentiment que le personnel de la gare provinciale, et du buffet, le considérait avec bienveillance ; presque comme s’il avait été un des leurs.
Il arrivait aux premières heures, s’assoyait sur un des sièges du hall d’arrivée et dévisageait chaque femme qui passait. Sa façon de le faire, nonchalante et calme, n’importunait pas, curieusement, un peu comme le regard d’une vache sur un train qui passe.

Après que la presse des grands départs quotidiens soit passée, vers 9h25 à peu prés, il prenait un chocolat chaud au buffet, toujours sans relâcher son guet.
Puis il entreprenait de discuter. Avec une voyageuse, ou un voyageur, bien que ceux-ci l’aient rabroués plus souvent.
Il racontait son histoire, ce qu’il venait faire là, il interrogeait, questionnait même les gens sur ce qu’ils pensaient de sa démarche. Ceux-ci naturellement pouvaient répondre évasivement de manière un peu fuyante, ou se prendre au jeu, parfois pour se moquer. En résultaient alors de cocasses échanges dans lesquels Georges ne manquait pas de se moquer un peu de lui-même.
Ces dernières semaines cependant il parlait moins, restait plus longtemps, et plus souvent assis dans le hall, les mains croisées devant son bas-ventre, ou déambulait en faisant des petits mouvements avec les poignets, pour se dégourdir sans doute.

Comme il restait toujours bonhomme et bien éduqué, il ne faisait pas peur. Peut-être le fait qu’il soit petit jouait aussi. Mais pas totalement parce que son physique était massif, puissant.
Les fins observateurs avaient remarqué aussi que depuis qu’il venait plus souvent Georges ne montrait plus de ses petits signes d’anxiété ou d’impatience qu’il avait pu avoir quand il ne venait que de temps en temps.  Au contraire il levait des yeux plus grands, plus lumineux, un peu triste et résigné, quand il scrutait les files de passants plus ou moins pressés, plus ou moins clairsemés.

Georges venait à la gare tous les jours pour chercher la femme de sa vie. Et s’il repartait seul à chaque fois, il n’en montrait pas de souffrance. Tout se passait comme si il accomplissait une tâche qui se suffisait à elle-même.
Bien sur ceux qui l’avaient remarqué dés le début, la dame qui s’occupait de passer le balai, le vieil agent qui ouvrait le premier guichet pour avoir ses après-midi, avaient constaté un érodement ; ils auraient d’ailleurs plutôt parlé de patine, ou de rodage, et n’auraient pas manqué alors de marquer une station en baissant un regard réveur, mi-respectueux, mi-introspectif.

« Dans la gare » 

1 – Georges 

2 – Lala et Suite

3 – Le barman et Fin

« En route » 

1 – L’affiche du cirque

2 – Les habits

3 – Les scoubidous

« A l’appartement » 

1 – Bain !

 2 – Repas

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6 commentaires

  1. Pour ceux qui aiment imprimer. un lien vers l’ensemble des textes au format pdf.
    https://www.dropbox.com/sh/3qfa8ahqfxuttm4/AADJyqfOxkho6QJkSXQFOVxea?dl=0

    Si vous comptez plagier – sachez qu’en tant qu’ET j’ai des rayons d’énergie haute densité disponibles en orbite et que je peux atteindre n’importe quel point de la terre. Etre touché par un de ces rayons provoque la mauvaise conscience.

    Certaines personnes ont considéré que mon cerveau , à lui seul, pouvait détruire leur vie.

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    1. https://www.dropbox.com/sh/3qfa8ahqfxuttm4/AADJyqfOxkho6QJkSXQFOVxea?dl=0

      Plusieurs dossiers : « complet » contient 3 versions de mise en page, A4 simple sur 28 pages, A4 2colonnes paysage sur 15 pages, A5 sur 28 pages à 5 (ce qui imprimé en « brochure » recto verso vous donne quelque chose qui se rapproche d’un bouquin classique)
      les 3 parties ont chacune leurs dossiers qui contiennent les épisodes comme parus en ligne ( format 2colonnes paysage )

      enfin j’ai pondu des couvertures et 4ème de couverture.

      Ce dossier ne restera pas disponible jusqu’à Noël.

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  2. Ça, c’est pour ceux qui sont debout et en marche!
    Car il y a les autres assis, mains croisées sur leur bas-ventre ou à mouliner des poignets en déambulant.
    Un autre de voyage surement, inside mind…

    Et puis et puis
    Et puis il y a… Lala
    Qu’ est belle comme un…

    Lalalère ;)

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  3. le problème des gares c’est qu’on ne sait jamais vraiment qui part et qui arrive. lala l’ère ?

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