A TOI un peu de parler F5

Le petit mot de Suzanne : de ma mine archéologique « pwezidol ». Pour naviguer dans l’histoire vous pouvez cliquer sur les titres, au fur et à mesure de leurs publications…

série-F5
1 – ça va ? (530 mots)
2 – ça se fait entre amies (500 mots)
3 – ma princesse canaille (800 mots)
4 – bois dans ma bouche (730 mots)
5 – A toi un peu de parler(+/- 700 mots )

Puis elle partira un jour.

Elle me manquera et je me souviendrai du soir où elle sera monté dans ma cabine.
Quand je l’aurai abordée dans cette station service, aprés le plein du bahut, où elle aura été effondrée sur une table haute la téte dans les bras comme désossée, manquant de tomber du tabouret.
Où je l’aurai rattrapée, justement.
Où elle sera réveillée en sursaut, quand je lui aurai saisi l’épaule avant qu’elle ne bascule tout à fait.

Ses excuses confuses engluées dans un reste de sommeil, progressivement éclaircies par le café du gobelet en plastique que je lui aurai ramené du distributeur.
Puis elle aura formulé sa demande tout à fait intelligible aprés qu’elle aura été se rafraîchir aux toilettes immenses et blanches, et propres.

Je me souviendrai d’elle, ramassée sur le siége passager où elle se sera recroquevillée le temps que la chaleur de la cabine ait dissous le froid de la nuit. Je l’aurai emmenée.

Quand je conduis , j’aime parler, et écouter, alors je l’aurai questionnée.

Devant son silence sauvage, j’aurai raconté, mon silence à moi. Celui d’avant la route.

Pour elle, pour établir un parallèle entre nos existences, pour m’approcher de sa trajectoire doucement je me serai racontée, un peu.
Dans la nuit de l’autoroute, traversée de phares grignotant l’écart jusqu’à nous dépasser, jalonnée des points rouges balisant l’asphalte devant nous je me serai souvenu de ma famille à la campagne, de ma campagne de fille.

Cette vie peuplée de mon père, de mes frères, de leurs nonchalances affalées sur les chaises autour de la table, leurs présences autour de la table où ils s’abandonnent aprés la journée de leur travail. Ma mère donnant la soupe , le pain, à chacun, prète à ouvrir la marmite à distribuer les morceaux de viande, à répartir le lard, à déposer les patates, les carottes, les navets et le poireau dans des assiettes décorées simplement.

Et eux reconnaissant par le silence, puis par le claquement des cuillères, le mouvement des mandibules, l’aspiration de leur bouche son succès quotidien à elle.
La capacité mystérieuse et familière qu’elle a de les nourrir. Elle silencieuse, ou de peu de mot, et affairée sans hâte, elle tourne autour de la table, donne, dispense ce qu’elle a amassé de nourriture bonne, à manger.
Ma mère, mon père et mes frères, dans une scène où chacun a son rôle, rodé chaque jour. Et moi. A l’affût, à l’abri dans ma robe de coton lourd, ou de laine tissée, j’observe la place de chacun, les gestes de ma mère, et je suis seule.
J’ai le plaisir d’être là, en famille, mais je n’ai rien à faire.
Elle fait tout. Bien sur j’ai travaillé avec elle, toute la journée tout ce qu’elle a fait je l’ai fait aussi, je l’ai secondé.
Mais là c’est elle, son moment, l’amour qu’elle lui donne, à mon père, qui se répercute, en écho, sur mes frères.

Eux parlent du travail de la journée, de celui de la journée de demain. Tout ça s’organise lentement par la force des choses nécessaires, un fait pousse l’autre, et les jours se remplissent, les taches prennent leur place, le grain rentre, les bètes viennent bien et donnent, partent et donnent encore. Le jour se lève, la nuit tombe. On dort comme on travaille.
Profondément.

Moi, je rève. Seconde.

Ce que je fais, on me le reconnaît dans la maison de ma mère. J’aide les hommes aussi parfois, comme ma mère. J’ai une place, avec ma mère ou mes frères.
Il me parle, mon père, je suis de la famille, mais ma place est indéterminée.
Mon rôle est muet.

« Mais t’as fait quoi, alors ? » elle m’aura demandé. « tu t’es barrée ? t’en as eu marre ? »
Puis comme je n’aurai pas répondu assez vite.
« Moi à ta place j’aurais pas supporté. »

« Ha ? Ho moi tu sais je ne connaissais que ça. Je ne voyais pas autre chose. »
« J’ai été mariée. » Aura été ma réponse.

« Et tu as fait comme tes parents, comme ta mère ? »

« J’ai essayé. Mais c’est une autre histoire. A toi un peu de parler ».

Oui je me rappellerai nos débuts. Quand elle sera partie.

série-Fgrand

Pour la petite histoire, les 3 premiers épisodes ont été publiés, et écrits, à l’hiver 2011 ; puis le 3ème réécrit et le quatrième quelques semaines plus tard, le cinquième bien après. Ce qui peut expliquer les ruptures de styles éventuelles.
Originellement ça s’intitulait « Félinithe ». Le narrateur est féminin, c’est une femme forte et puissante, plus prés de xéna la guerrière que de la dame au camélias (tiens une idée de derby des héroïnes intéressant ), on le sait parce que ça a été publié sous un profil féminin qui comportait une description physique.
Cette figure a connu différents avatars, qui pourraient bien être publiés à la suite de celui-ci.
Le Docteur Ouate aurait été en contact avec elle…

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2 commentaires

    1. Contente que ça ait fait plaisir. La suite… il n’y a pas.de.suite de cet accabit. Mais dans un autre genre on trouvera d’autres petits machins sympathiques.

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