BOIS dans ma bouche F4

Le petit mot de Suzanne : de ma mine archéologique « pwezidol ». Pour naviguer dans l’histoire vous pouvez cliquer sur les titres, au fur et à mesure de leurs publications…

série-F4
1 – ça va ? (530 mots)
2 – ça se fait entre amies (500 mots)
3 – ma princesse canaille (800 mots)
4 – bois dans ma bouche (730 mots)
5 – A toi un peu de parler(+/- 700 mots )

En revenant chez moi il sera tard, ce soir là, je serai lasse de cette lutte pour exister parmi eux. Ces brutes, eux.

Pour la première fois elle sera là, avant moi chez moi. Ce sera une gène un peu qu’elle voit les reflets d’eux en moi, ces salissures que j’aurai à laver avant d’être bien.
En arrivant, eux aussi ils prendront une bière.

Quand elle verra ça, tant pis pour elle, tant pis pour moi, il faudra que ça passe.
Je poserai ma besace, et mes actes car je serai chez moi, forte et tranquille malgré tout. Pour elle, justement, qui me regardera et attendra, le temps que je finisse d’arriver.

Je dirai peu de mots banals sur le ton de ma routine vacharde. Elle me répondra, en se fermant.
« oui la journée ça a été. Pas grand chose. Je me suis reposée. Et toi ? »
« mème pas la peine d’en parler » que je dirai.

pschitt fera la bière, je sentirai dans mes doigts collés contre la longue canette métallique des vibrations infimes. J’aurai la sensation de familiarité excitante qui précède juste la nourriture ou la recréation.
Je la verserai dans un haut verre. La vue de la remontée des myriades de bulles m’apaisera, comme le reflet des nuages poussés par le vent très haut dans le ciel au dessus des lacs de montagne en été, ou les vagues.

Elle, ce qu’elle voudra c’est un rhum coca, « Cuba libre ». Pour le boire elle s’installera à la table, avachie sur une chaise et sur une autre, ses pieds nus et sérieux, ses pieds d’arpenteuse. Elle lèvera son verre en me regardant droit, un sourire ironique et dur et étonné .

Je boirai, le liquide frais dans ma bouche, pétillera sur ma langue, deviendra une infime brulure dans ma gorge, puis en cascade fraiche de bulles vives et fines qui me laveront la tête en partant du ventre.
Alors je la regarderai, vraiment, enfin, se balancer sur ma chaise de cuisine qui grincera…
La gorgée suivante sera moins facile à passer, elle aussi elle grincera dans ma gorge et je devrai étouffer une remontée avec mon poing devant ma bouche .
« Pardon » je dirai.

Elle me fixera en vidant son grand verre de coca au rhum d’un trait, ses yeux dans les miens, avec la tête qu’ont les gosses qui font « chiche ». Elle s’essuiera du revers de la main, lentement, puis au creux de son coude, pour bien sécher les lèvres. Elle posera sa main sur son ventre, poussera ce simple rot sonore, puis me sourira comme un bébé démon.

Ho ! là, je l’aimerai, ma sale malpolie.

Une grande lampée de ma bière, et moi aussi je roterai en la regardant droit dans les yeux.

Son sourire soudain presque soucieux me fera approcher et la blottir contre mon ventre. La gorgée suivante me coulera sur la joue parce que là je ne saurai plus trop boire. Et je devrai garder la bière dans ma bouche pour ne pas avaler de travers.
Elle m’attirera pour m’embrasser que nos bouches s’accouplent, et la bière de la mienne tombera dans la sienne, et coulera aussi sur ses joues, et dans son cou. Elle frissonnera.

Je nettoierai ma maladresse en passant ma langue et mes lèvres « aspirateur », sur sa peau, je descendrai en la mangeant à la poursuite de cette goutte maligne qui trouvera son chemin bien au delà de son cou.
Quand je serai à genoux sur ce carrelage dur et blanc, elle m’arrêtera de sa main fraîche doucement posée sur ma joue rouge.

« Bois dans ma bouche », prendra une grande gorgée de son « Cuba libre », qui débordera déjà quand elle se penchera vers moi. Quand nos lèvres se joindront déjà humides, un peu poisseuses, elle ouvrira doucement pour laisser passer le liquide sucré et acre, pétillant et noir. Il envahira ma bouche et ma gorge puis s’échappera d’entre nos lèvres collées pourtant.
Je sentirai le supplice délicieux du dégoulinement frais et collant entre nos lèvres qui ne retiendront pas ce flot d’ivresse.

J’avalerai pour me libérer.

Alors sa bouche partira à la chasse sur ma peau. Elle mangera mon cou, mes joues, mon menton, suivra les lignes de mes vaisseaux jusqu’à mes épaules, puis dans l’échancrure de ma chemise.
Nous glisserons sur le carrelage dur et blanc, et froid, sur lequel nos corps chauds et glissants seront parcourus de frissons et de caresses, de mordillements et de traces humides en évaporation, d’odeurs animales.

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