ça va ? F1

Le petit mot de Suzanne : de ma mine archéologique « pwezidol ». Pour naviguer dans l’histoire vous pouvez cliquer sur les titres, au fur et à mesure de leurs publications…

série-F
1 – ça va ? (530 mots)
2 – ça se fait entre amies (500 mots)

« ça va » je lui dirai de ma voix douce, sans envie, comme une main chaleureuse tendue vers elle.

Elle me dira négligemment « ça va ». Le même « ça va » qu’aux 134 précédents de la journée.

« tant mieux » je lui dirai, et je lui parlerai joyeusement, et tranquillement,
dans l’attente de l’instant où je sentirai un besoin chez elle.

Par exemple, idéalement il restera quelque chose dont elle n’aura pas su à qui ou comment le dire, ou pas pu, une petite peine de rien.
Un plaisir un peu méchant.
Un tic de langage, une vieille honte ridicule cachée dans ses culottes en coton ou dans ses poupées.
Rien.
Tout, je prendrai tout ce qui restera, tout ce dont elle n’aura pas su quoi faire.

Pour avoir un quelque chose qui nous relie juste elle et moi.
Quoi que ce soit si c’est d’elle et qu’elle ait besoin qu’on l’en débarrasse, ça deviendrait notre petite affaire.
Mon utilité.
Mon rôle pour elle, à moi.
Ma petite entreprise.

Un code secret.

Comme je suis une fille, aussi parce que je ne suis pas une rivale possible,
elle me dira ses gênes, son corps qui n’est pas que beauté et harmonie mais aussi réel, vivant.
Quand elle sera assez lasse, un jour.
Le deuxième ou le troisième.

Elle me parlera, de plus en plus longuement de ces détails triviaux, de ses soucis de riens, du harassement permanent du désir des autres, des regards scrutant son anatomie, des yeux dépeçant ses gestes, des salauds ordinaires.
Car elle sera belle.
Si elle pleure…si elle dépose ses larmes à mon oreilles, si ses armes tombent à mes yeux, je les ramasserai, je les essuierai, je les lui rangerai.

Et ce sera comme ça tous les jours, je l’appellerai.

Et si je manque un jour…elle ne répondra pas le lendemain.
Alors le surlendemain je l’appellerai plus tôt, et sa voix me dissimulera son soulagement
Ma peine de la veille sera compensée.

Elle, je lui offrirai une secrète et tacite alliance, notre tendresse de mousse, notre terrier de chair imaginaire par dessus les airs.
Un havre pour son tout petit vaisseau de princesse, un port secret où loyale à son étendard les canons de mes tours je les braquerai contre le large.
Tonnant sur les cons et les casse-bonbons, repoussant leurs inquisitions.

Nous parlerons aussi comme deux vieilles amies, comme deux mi-mondaines mi-gamines, de nos petites gloires, nos petits chiffons, nos petits abandons.

Deux filles isolées dans un monde qui les méconnaitra,
deux sœurs de la côte, deux complices du mépris des lois et des hommes,
deux malines et demies à qui on ne la fait pas.

Et le sourire que ça nous laissera quand on raccrochera nous tiendra jusqu’au sommeil.
Et on recommencera chaque jour encore plus qu’avant.
Il n’y aura plus de place que pour Nous, et la vie qui va, mais avec Nous,
Nous pour enluminer les cailloux qu’on trouvera dans nos chaussures chaque soir.
On se souhaitera des tendres nuits, des bonsoirs en charades.
Avant de s’endormir le sourire aux lèvres, la chaleur aux ventres, les cœurs emmielés,
et la sœur pareille, là bas, plus loin.

Et ce sera comme ça que je commencerai à lui donner mon amour.

Parce que je l’aime déjà.

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