Une histoire d’internet (7)

Résumé du début et des épisodes 2 , 3 , 4 , 5 et 6  : Papa est veuf avec 4 enfants, des teenagers. Celle-ci sa copine, la dernière en date, a tenté de s’installer dans leurs vies.  Petit-dernier, un geek, a inscrit Papa à Pour-s-ouvrir.com, POC, un site de rencontre sur internet, sur les conseils de son équipe de tueur de «no life kill les zombies ».

Avant-dernière découvre le pot-au-rose et commence à participer à l’aventure de Averell76 (aka Papa) sur POC (aka pour-s-ouvrir.com ) : elle a écrit un texte, « parlons-en », à propos d’une famme de petite vertu au Far-west. 

Bi-mumu, bibliothécaire en chef, et membre de POC apprend à Grande-soeur que Papa est inscrit sur POC. Grande-sœur après une colère justifiée a elle aussi commis un « Parlons-en », « la boue la vase la médisance », s’impliquant dans cette forfaiture familiale.  

Alors qu’elle pensait améliorer l’image de Papa, ses benjamins ont encore  aggravé leurs cas par un « stop aux préjugés » peu subtil.  Cependant que Bi-mumu qui suivait  de très près Averell76 sous le pseudo de Reine-des-contes, s’en trouvait de plus en plus déroutée par l’attitude erratiques de celui-ci  ;  mais qui est cet Averell76, Papa ou pas ?

Grande-soeur finit par faire appel à Grand-frère dans l’espoir qu’il trouvera une solution. Celui-ci en scientifique rationnel rit aux inconduites de ses frères et sœurs  Il en profite pour rajouter une couche, un parlons-en, à ce qu’il estime être un portrait impressionniste de son père. Et il ne parvient qu’à instaurer une trêve aux plus jeunes, qui ne veulent pas démordre du projet de Petit-frère : trouver une nouvelle femme à Papa qui ne soit pas Celle-ci, ni aucune lui ressemblant.

Bi-mumu, aussi connue sous les pseudos de Reine-des-contes et Communarde, entre autre, mais qui s’appelait en vrai Murielle Touchard se trouvait être très intriguée par le comportement de Averell76. Elle connaissait Papa au moins pour l’avoir vu accompagner les enfants à la bibliothèque, elle était assez amie avec Grande-soeur qui fréquentait assidument son établissement. Les premières explications de Grande-soeur, plus que succinctes, ne lui suffisaient plus.

Sur POC, les adultes en présence interagissaient à au moins 2 niveaux ; celui de la publication des parlons-en, des échanges culturels, de la communauté de bon aloi, ou de mauvais coucheur ; celui de la recherche amoureuse, avec perte, trahison, malentendus, disputes, confrontations d’égos, névroses, jalousies, possessions, frustrations, abandons, désirs, dégouts, et parfois de jolies, ou fortes, ou jouissives rencontres, de plus ou moins longues durées, ces dernières étant la cause de tous les maux précédant. Tout cela s’échevelait en un labyrinthe et un jeu de masque, de pseudo, qui irritait les sincérités et amusait les légèretés.

Ce virtuel donnait une sensation de vie intense, les jeux de séduction les plus raffinés, ou les plus tordus, n’en finissait pas d’aboutir et de se retourner. Mais tous les joueurs de MMORPG, ou même de Mario Kart à deux, vous décriront la même chose. Sauf que là en plus, le jeu en valait la chandelle selon les adeptes, mème en incluant les canulars, et les prédateurs. Néanmoins cela pouvait tourner les sangs, et on pouvait décider que « ça suffat comme ci, il va falloir vous expliquer mademoiselle. Je suis Reine-des-contes, alors tu ne m’apprendras pas à faire des grimaces », comme le dit Bi-mumu à Grande-soeur.

En quelque manière soulagée, Grande-soeur put raconter à Bi-mumu toute l’histoire. Elle était escortée de Petit-dernier qui avait voulu venir rencontrer personnellement Reine-des-contes. Sur le piratage ils se montrèrent évasifs, dans son expérience à lui il n’était pas bon pour les noobs de percevoir l’abime qu’ils avaient sous leurs pieds. EN cela il avait sous-estimé les compétences techniques de Bi-mumu, un défaut de jugement abondamment partagé dans son milieu.

Comme l’histoire contenait encore un peu de grimace, elle fit lever le sourcil de Murielle. Ce qui entraina par l’effet d’une mécanique interne, qui leur resta mystérieuse, que le coin de la bouche s’éleva aussi, dessinant un demi-sourire ironique qu’un homme de son age aurait trouvé tout à fait charmant, mais que Grande-soeur, et Petit-dernier trouvèrent plutôt inquiétant et bizarrement rassurant, sympathique.

C’est à ce moment que l’histoire devenait proprement merveilleuse.

Et vous, savez-vous pourquoi ?

Bi-Mumu avait une raison précise de vouloir une explication précise de l’apparition de ce profil sur ce site. Elle était plus âgée que Grande-sœur, de plus de 10 ans. Et si elle avait eu ses histoires comme tout le monde, elle n’avait jamais vraiment pris cet envol, que d’aucuns trouvent un atterrissage, ou une prison, de la vie à deux.

Mais dernièrement un curieux changement s’était produit. Elle n’aurait pas cru pouvoir trouver autant de séduction en un seul homme que celui qu’elle fréquentait en ce moment. En fait cela faisait bien longtemps qu’elle ne croyait plus que fut possible une telle entente. Il était plus âgé, certes, mais pas tant, et surtout derrière la nostalgie de ses yeux tristes il y avait des chansons par milliers et des histoires toutes plus frissonnantes les unes que les autres. Et tant de doute tranquille, une conscience cheminant dans son lit comme une rivière.

Alors si ce salaud fréquentait POC, avec un pseudo ridicule en plus !

Elle avait bien entendu de que lui avait dit Grande-sœur la première fois, mais avec le temps, les parlons-en, elle avait fini par en être troublée quand même. D’autant qu’elle ne pouvait pas lui en parler directement.

Murielle et Papa se fréquentaient de plus en plus sérieusement. Ils avaient eu l’occasion d’approfondir leur connaissance mutuelle quand il avait dirigé le chantier de l’agrandissement de la bibliothèque. Le voir au travail avait modifié la perception qu’elle avait de lui, et réciproquement de partager certaines pauses casse-croutes l’avait humanisée aux yeux de celui qui voyait en elle une vieille fille coincée, et légèrement agressive. Les choses avaient suivi leur cours normal entre deux personnes qui s’apprécient de plus en plus et qui ont des aspirations voisines. « Pourquoi pas », se dit-on ? « Maries toi dans ta rue ».

Papa, échaudé par les histoires avec Celle-ci et Petit-dernier, et aussi retenu par une crainte sourde et lointaine, avait mis un frein aux désirs de Murielle. Il ne voulait pas s’afficher avec elle, ne voulait pas qu’elle vienne chez lui. Ne le connaissant pas, on aurait pu croire qu’il était marié. Murielle avait compris cela, et l’avait accepté. Cela l’arrangeait de ne pas avoir à affronter ses propres angoisses, de ne pas avoir à « sauter le pas » comme on dit. Au début.

L’histoire sur POC, où la possibilité de prolonger sa présence était aussi une des raisons qui l’avait fait accepter la distance imposée par Papa, au début, l’avait déstabilisée. Elle s’était retrouvée en face de son écran, à taper sur son clavier pour défendre l’image de l’homme qu’elle appréciait beaucoup le connaissant dans la vie ; ce faisant elle avait perçu douloureusement la facticité de ces rapports. Les sentiments d’inquiétude, de trouble puis de franche jalousie qu’elle avait éprouvé en le voyant s’ébattre avec d’autres, virtuellement, et ce n’était même pas lui…mais elles ne s’étaient pas gênées, elles se jetaient littéralement à sa tète, restons polis. Et lui…lui qui faisait l’innocent… mais il était innocent, ce n’était même pas lui !

Au travers de la violence des émotions ressenties sur POC, elle avait perçu ou cru percevoir dans son for intérieur une détermination , une certitude qui rendait insupportables les tergiversations de celui qu’elle considérait de plus en plus comme son homme. Bi-mumu, Murielle en écoutant l’histoire de Grande-sœur, et de Petit-frère les avait observés. Surtout lui, qui l’observait aussi, géométriquement leurs regards ne pouvaient que se croiser. Petit-dernier soutint ce regard jusqu’à le rencontrer, alors il cligna des yeux, comme un reptile, juste pour humecter la cornée. Murielle regarda Averell76 sans son costume et plissa les yeux, comme une stratège avant la bataille. Puis ils se retournèrent tous les deux vers Grande-sœur qui finissait de se plaindre de Grand-frère, et qui  par un rapide retournement demanda si Petit-dernier pouvait « expliquer à Mademoiselle TOUCHARD, ce qui s’était passé sur l’ordinateur de la bibliothèque ? » Les grandes sœurs sont fourbes, c’est connu. Surtout quand elles sont fourbues.

Murielle écouta les explications, leva le sourcil parce qu’on se moquait d’elle de manière très évidente, mais assez innocente lui sembla-t-elle. On n’est pas Reine-des-contes sans un peu de crédulité à l’égard des histoires qu’on se raconte. Puis en bonne censeuse, elle se tut, la punition commence dans l’attente du jugement, et ils avaient bien mérité cela au moins. Elle garda donc cette mimique dubitative et circonspecte quelques longues secondes, pendant lesquelles la situation lui apparut du point de vue le plus large.
D’une part elle était rassérénée sur Papa.  D’autre part POC était du toc, mais offert avec des sentiments sincères. La farce qui s’était joué sur POC lui laissait au palais le gout de la paix la plus douce.
Elle plongea cette paix comme une épée dans le regard déterminé et dur du gosse en face, et lui cligna de l’œil que Grande-sœur ne voyait pas. A celle-ci elle dit « Tu sais quoi ? je crois que Petit-dernier doit être puni comme il se doit. Mais je ne veux pas embêter ton père avec ça, le pauvre homme. Laisses nous, je vais m’en occuper. » Échange de regard entre frère et sœur, mine contrite de Petit-dernier qui se range aux cotés de Murielle, ahurissement de Grande-sœur.
« Ha ben oui c’est vrai, pendant ce temps je vais faire du shopping »
Sur ce elle tourna les talons et part dans un parc retrouver son petit ami…
« Mentir comme ça à son age…c’est malheureux, enfin c’est qu’elle a bon fond… » dit Murielle à Petit-dernier qui lui rendit un sourire complice hésitant.

« Pourquoi tu voulais que je reste et qu’elle s’en aille ? »

« Hum, j’ai un souci et tu peux m’aider. »

« ? » cette dernière phrase fut prononcée sans vocalisation, juste une ouverture de la bouche et un haussement de sourcil.

« Je sors déjà avec ton père, et il ne veut pas que je vienne chez vous. Il a peur de ta réaction, à juste titre si j’ai bien compris. »

« Hrm hrm »

« Alors il va falloir qu’on trouve une solution pour débloquer ça sans que les autres le sachent…il n’est pas au courant pour POC, c’est nul j’ai honte mais faut faire avec…et puis ta soeur ne sait pas que je suis avec ton père… ».

« Ha ouais…tout ça…et pourquoi tu me le dis à moi ? »

« A qui d’autre ? Révoltée des préjugés ? Vaseuse dans les méandres ? Zébulon des calculettes ? Et toute seule ça me demanderait trop de ruse, trop de temps. Je suis sure que tu vas nous sortir de ce piège. »

« M’ouais et pourquoi tu veux que t’aide ? »

« J’pense que tu le sais déjà, sinon tu s’rais pas allé sur POC. Je suis la bonne. »

« m’ouais possible. »

« … »

« Je vais te donner des cours d’informatique. Et tu traineras à la maison avec nous tous. Quand il rentrera à la maison, je lui dirai que c’est moi qui t’ai fait venir et que tu me payes pour les leçons et tout s’arrangera comme par magie. Ce sera 25€ de l’heure. Et il te faudra 10 leçons. Payables d’avance. »

« Pas mal trouvé. 250 keusses tu m’a pris pour bambi, là. 10€, 5 leçons. »

« t’es dure, ok pour 5 leçons, mais 20€ chaque. Sinon tu te débrouilles toute seule. »

« Quand ton pauvre papa saura que tu hackes l’ordi de la bibliothèque… ça lui fera une peine immense. 10€ de la leçon, j’en prends 5 tout de suite, payables d’avance  , et 1 à 2 par mois après. »

« pendant combien de temps les 2 par mois ? » Il sourit.

« qui vivra verra, mon petit, qui vivra verra. » Elle sourit aussi, doucement et mélancoliquement, en lui tendant la main ouverte vers le haut.

« Deal ! » en tapant dans la main de Murielle qui répond :

« Tope-là » en tapant dans la sienne qu’il avait retourné.

Cet arrangement tint  jusqu’au mariage de Papa et Murielle, 1 an plus tard.

Avant-dernière continua une brillante carrière de fake sur POC avant d’assurer la garde de sa demi-soeur, Rodica, qui naquit juste après le mariage.

EPISODES  (cliquez sur un nombre pour voir l’épisode correspondant )

UN   –   DEUX  –  TROIS   –  QUATRE   –   CINQ   –   SIX   –   SEPT (ici)

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10 commentaires

  1. – « ? » cette dernière phrase fut prononcée sans vocalisation, juste une ouverture de la bouche et un haussement de sourcil.

     » :)  » ce commentaire est rédigé sans mot, juste un élargissement de la bouche et un plissement des yeux.

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  2. Excellent et toujours aussi réjouissant!!!

    So-O-of peut-être que…
    ce dernier récit à mon avis aurait mérité faire l’objet de deux épisodes;
    je m’esplike:
    dans cette saga familiale, chacun y a mis de son bout de ficelle dans l’idée de tricoter une nouvelle vie à papa. Malgré la bonne volonté de tous, dans cet enchevêtrement de bobines, la situation est devenue un véritable embrouillamini duquel le lecteur impatient (ça finit comment, dis?) attend de connaître le dénouement, proche, il l’a senti. Cependant les ficelles, que tu tires les unes après les autres, sont nombreuses et le texte en devient trop dense, un brin confus…
    …Alors oui, je pense que deux épisodes auraient certainement (peut être?) été préférables.

    En tout cas, merci pour le plaisir de nous avoir fait partager la tranche de vie de cette sympathique famille!

    J'aime

    1. Après relecture, je ne suis pas d’accord avec toi : ce n’est pas de longueur supplémentaire qu’il y aurait besoin, mais d’élagage dans le style, de rectification dans le propos, de travail d’écrivain quoi. Je le ferais peut-etre a posteriori, ça n’urge pas(manière de dire que je n’en suis pas capable, c’est tout) – il fallait en finir de cette histoire, bordel.

      Sur le découpage, mon éthique de scribouillard amateur est de ne pas rallonger la sauce car je n’écris pas pour la littérature, l’amour des mots, mais pour dire des choses et amuser, à commencer par moi.
      SI je me trouvais dans une perspective classique, 8 chapitres seraient intéressants pour avoir une structure équilibrée, terminée au contenu nécessaire et suffisant. La reprèsentation de l’harmonie tautologique, le temple de la raison.

      Mais je me trouve, plus que je ne me situe, dans une esthétique baroque, dans laquelle le doute exerce sa puissante aspiration.
      Par comparaison avec 8, 7 devient alors le nombre de l’in-fini, de l’aspiration transcendantale comme tension asymptotique. Etre troué pour être vivant, en déséquilibre pour être en mouvement. élider pour libérer (l’imagination du lecteur te dit-on selon les canons, si ce n’êtait que ça… ce serait commercial – il va falloir que je lise de ce réalisme fantastique, dernier avatar du romantisme, en date, qui fait gagner tant d’argent à ces manipulateurs )

      En l’occurence ce récit comporte un présent/absent, C’est Papa. Le huitième épisode aurait été le sien, aurait rendu son actualisation nécessaire.
      Si tel avait été le cas, j’aurais du réécrire intégralement et habiller tous les personnages plutot que les esquisser. Et puis un tel personnage habillé attire le pathos comme la viande faisandée les mouches, et je ne sais pas faire la sauce grand veneur.

      J’espère que cette réponse exhaustive m’épargnera de revenir sur le sujet.

      Aimé par 1 personne

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