UN JOUR LE VENT

Un jour le vent se mit à caresser l’idée d’être toujours chaud, ou plutôt tiède, pas trop chaud, juste agréable à supporter, comme une danse espagnole lors d’un soir d’automne. Il en avait eu l’idée depuis longtemps mais il ne savait pas comment s’y prendre.  Il sillonnait les rues de New-York ce jour là et le temps était exécrable. Un vent glacial parcourait Manhattan du nord au sud. La pluie s’en était mêlée, et sur les trottoirs les parapluies s’agitaient dans tous les sens. Un piéton revêtu d’un ciré jaune marchait péniblement face au vent, Livingstone Avenue. Il trainait derrière lui un petit chien, lui aussi recouvert d’un ciré jaune, lequel le pauvre n’avait pas demandé à sortir et heureusement que son maitre le retenait par la laisse sans quoi il se serait envolé.
Les vendeurs de parapluies à la sortie du métro ne faisaient pas fortune, le sujet de préoccupation de tout le monde était le vent. Un parapluie n’aurait servi à rien tellement celui ci  était fort et inhospitalier. Le vent savait bien qu’il n’était pas sympathique aujourd’hui, mais il n’y pouvait rien. Il en avait mare d’être détesté. Ce qu’il voulait s’était faire du bien, réchauffer le monde, aider les marins à rentrer sans encombre, transporter les graines afin de les semer sur d’autres territoires, soulever les robes des filles et caresser leurs cuisses, être juste fripon quoi !, oui mais pas plus.

C’était décidé, il allait demander de l’aide à un sorcier pour que plus jamais il ne soit froid, pour que plus jamais il ne soit violent, pour que plus jamais il ne soit humide.

Un grand sorcier africain, habitant une ile dans l’océan indien face au Mozambique, non loin de la rivière Zambèze, savait faire cela, il s’appelait Folon, Folon le sorcier.

Le vent s’exclama : « where ever you be, let the win go free ! » et il décida de quitter New-York et pris le premier avion, à JFK airport pour Maputo.

Durant le trajet, il rendrait visite au soleil, puis à la lune déesse de la nuit.

Dans le ciel, quelques milliers de kilomètres après son départ, il fit une escale chez Ra, le soleil. Ils prirent un thé et échangèrent leur point de vue sur la météo de ces derniers mois. Ils s’entendaient pour dire que les populations du monde n’avaient pas été gâtés  ces derniers temps : des cyclones, des tempêtes de neiges, des averses glaciales à répétition, des inondations catastrophiques, un tremblement de terre puis un tsunami au Japon, et en cascade des centrales nucléaires en perdition.

« Dis moi Ra, pourquoi lorsque je gonfle mes joues, tu n’as pas la présence d’esprit de chauffer mon air ? Pourquoi me faut-il régulièrement écarter les nuages pour t’effleurer ? – « Parce qu’il me faut punir les populations du monde, répondait Ra, les punir de leur insouciance, de leur négligence, de leur inconscience, de leur insignifiance, et leur exprimer ma colère de les voir polluer leur terre nourricière ». Le vent n’était pas d’accord.  « Les peuples du monde ne sont pas responsables de tout, et surtout pas ceux qui sont toujours les premiers touchés – si je n’étais pas froid, il faudrait moins de centrales nucléaires, moins de forage de pétrole, moins de mines ou d’exploitation de gaz de schiste, et nous ne brulerions pas autant de carbone. Nous ne réchaufferions pas l’atmosphère qui nous entoure. Tout cela serait plus simple. Ils auraient plus de temps à s’occuper de la santé de notre planète, et de la santé des hommes». « et puis, quel dommage que tu ne nous fasses pas profiter d’avantage de ton énergie ! un moindre pet de ta part, une petite explosion à ta surface et ce serait autant d’énergie libérée que les terriens pourraient utiliser pour des milliers d’années ! »  Les éoliennes s’en donneraient à cœur joie, la mer et sa houle berceraient les hydroliennes – J’entends bien ce que tu me dis Vent, cela me serait possible si les humains étaient sages, s’ils étaient raisonnables mais ils ne le sont pas.

Le vent finit sa tasse de thé, pas totalement satisfait de ce qu’il venait d’entendre, et pris congés de Ra. Juste avant de partir, il lui dit «  si tu étais un peu moins pessimiste, et un peu plus ardent, les humains sauraient mieux t’apprivoiser, te domestiquer, et la planète saurait te remercier ». «Enfin, réfléchis à tout ce que nous venons de dire, et dès mon retour de chez Folon, nous en reparlerons ». Un air de saxophone raisonna au loin. I

Un souffle léger emporta le vent au dessus des stratos cumulus. Cela semblait donner l’apparence d’un calme provisoire. Calme avant la tempête. Ra s’écartait progressivement de la surface de la terre et à l’horizon nous commencions à discerner le sourire énigmatique de Luna. Ce moment passé avec Ra avait totalement apaisé le vent. Plus un souffle en son corps. Il s’écartait du soleil en marchant sur la pointe des pieds. Le silence.

 

Le silence, puis….. puis quelques cris d’oiseaux. Des croassements de corbeaux en déroute. Une bandes de rats fuyant des égouts, des chats, des chiens cavalant dans les rues.  Une sensation de chaleur ambiante enveloppant la population aux alentours, et la vie autour de soi qui semble passer au ralenti, après un remue-ménage incommensurable.

 

Tac, tac, tac,tac, quelques grosses gouttes d’eau surviennent d’un ciel noir, très noir. Des piétons qui accélèrent le pas, et un air humide qui gesticule et tourbillonne. Le sable dans la rue commence à se soulever. Les feuilles des arbres s’affolent, s’envolent, se déchirent, s’arrachent de leurs branches et la pluie commence à tomber dru.  Le vent prend alors sa consistance et laisse deviner progressivement qu’il va devenir très puissant. Il chante et sa voix est sourde, houhou,….ou, puis il siffle. Des portes claquent, des volets battent, la tôle ondulée des toitures vibre comme un bruit de marteaux piqueurs. Des tuiles s’envolent. L’eau déversée par la pluie qui tombe maintenant à l’oblique s’engouffre dans les caniveaux, gonfle les rigoles et donne l’aspect de petits torrents emportant tout sur leur passage. Des geysers d’eau boueuse soulèvent les plaques d’égout. Les gens s’enfuient sans vraiment savoir ou aller, tout le monde cours dans tous les sens. Des objets de toute sorte volent : tôles d’acier, matériaux en tout genre, poubelles, et déchets de poubelles. Les panneaux publicitaires qui s’arrachent viennent faire barrage aux carrefours des rues, et celles ci ne sont plus que ruisseaux, puis rivières. Quelques voitures commencent à flotter puis à s’empiler les unes contre les autres et finissent par faire goulot d’étranglement puis barrage. L’eau monte. Un courant d’eau boueuse arrive à mi taille de la population. A certains endroits de la ville au plus près du rio, des hommes, des enfants tentent de nager mais sont emportés par le flot. Le vent souffle de plus en plus fort, il n’y a plus de toitures sur les maisons, des pans entiers de mur s’écroulent. C’est le déluge et ce n’est plus une tempête, c’est un typhon. Sur les points hauts de la ville là où il n’y a pas d’inondation, on ne peut tenir debout. Les gens rampent au sol et cherchent à se protéger des débris qui volent dans tous les sens. Les sirènes de pompier, de police hurlent à tout va.

Le vent est désolé de cette situation, il n’y peut rien malheureusement. Il vient de subir une dépression, un écart de température entre la mer et la terre. Un effet de serre. C’est  ce couvercle,la chape polluante produite par les raffineries et les usines pétrochimiques de cette région, le Shanxi, une des régions les plus industrialisée du monde qui a formé un couvercle et a produit le réchauffement. De nouveau c’est une catastrophe et de milliers de personnes vont mourir.

dzigImageIdzig

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5 commentaires

  1. lazar’, c’est peut-être pas la fin du début mais le début d’une fin que cette deuxième partie…
    Mon nez, qui lui-même est très fin, me dit que nous avons à lire d’autres épisodes à cette histoire.
    Qui vivra lira!

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  2. « …si les humains étaient sages, s’ils étaient raisonnables… »
    Oh oui, combien la vie serait-elle plus agréable et facile si les humains avaient conservé leur sagesse originelle;
    Le soleil aurait tout loisir à éclairer et réchauffer, le vent à souffler, doucement ou violemment, la terre et l’eau à être fertiles.
    sagesse
    Raâa l’écriveur, j’aime bien ton texte!

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