Sans aucun espoir – Pwezidol

Au début j’ai cru qu’elle n’etait pas venue.
Qu’elle avait fui. Ordinaire.

Mais qu’est-ce que je fous là ?
Quand j’ai commencé mes « écritures » j’avais pour instinct de ne pas rester seul avec.
Qu’écrire pour ne rien faire à personne n’était pas mieux que ruminer sa bile.

Et puis on n’écrit pas pour autre chose que pour faire le beau.
Prenez un chat, Felix « heureux », il ne fera pas de tour, aucune anxièté de plaire chez un chat.
Il prend, de « predare ».
Mais un lion, un lion fera le beau, agitera sa crinière, rugira. Le lion existe pour son groupe.
Voilà ce que je m’étais dit. Ecris pour sortir.
Ne pas laisser s’écrouler plus encore ces murailles qui soutiennent la conscience et l’enferment avant de l’écraser quand on n’a plus la force de les retenir de tomber sur vous.
Un genou à terre on reprend des forces, le sol vous repousse et il suffit de se tendre pour retenir les pierres qui tombent.
Survivre.
Et puis écrire pour en sortir. Dans le noir mème les idées les plus sombres aquièrent un peu de clarté.

Alors c’est sorti.
L’avantage de parler avec la bouche pleine de caillou, c’est qu’on ne fait que prononcer des mots essentiels.
L’avantage de parler du fond d’un puit c’est le son caverneux qu’on appelle réverbèration, et qui rend séduisantes les voix les plus plates.

ça a plu.

Elle ?
Comment dire ?
Du fond de mon trou où je faisais mon Esope électronique, mon Socrate des trous du cul, mon Descartes à la main lourde, je n’avais pas vraiment le choix.
Il ne s’agissait pas tant pour moi que d’Elle, mais que de quelqu’un.
La main qui se tend on l’a appelée certes, ça on ne peut pas le nier, ça…

Dire qu’on la choisit, qu’on l’aime sans penser à en être reconnaissant, prétendre que la dévotion ne serait pas le minimum qu’on se sente lui devoir serait-elle un peu jolie,
ça non…

Elle aurait voulu être choisie par un pair. Un père mème aussi sans doute. Ma voix cavernicole elle la confondait avec celle du trés haut.
Elle savait pourtant que j’étais surement assoiffé pire qu’un poisson hors de l’eau, qu’à peine réhydraté il m’aurait fallu frétiller.
A son age quand mème … De nos jours…

Quand elle a fini par arriver…je lui avais dit de ne pas prendre ce train là, il y a toujours des problèmes avec celui là,
je le sais quand mème, je suis cheminot.
Mais déjà, là je l’avais senti ne pas accorder d’importance aux choses en elles mèmes, concrètes, béton en amèricain,
j’avais senti ce repli intellectuel, cette fuite du réel dans « ce qui est écrit », ce qui est prévu au manuel. Ce manque de confiance en moi.

Quand je l’ai vue sa mine un peu apprètée, sa mine crispée, ses traits tirés.
Son tailleur pantalon.
Ses lunettes rectangulaires tiraient un trait entre son front et son nez, sa bouche, son menton, sa gorge. Comme ils ont tous.
Ces lunettes ne m’ont pas fait l’effet d’être ordinaires, elles m’ont fait penser à un fichier excel, comme ceux de mon sous-chef de service qui fait les plannings avec son trou du cul. Il a de ces lunettes là aussi.

Et j’ai eu peur.

Mais j’étais là. Ordinaire. Ecce homo. Je ne me suis pas caché. Pas montré, je me sentais assez monstre avec mes odeurs, ma bouche séche, ma transpiration… »toussa toussa » comme dit ma sous-chef de service, celle qui fait les entretiens de fin d’année.

Elle ne m’a pas vu, pas reconnu. Dix fois, je l’ai vue tourner en rond la tête en l’air.
Comme si, tel un archange grisonnant, ou un pigeon, j’allais descendre des poutrelles de la gare.

Je ne cessais de la regarder, elle a mème semblé importunée à un moment.
Alors je ne l’ai plus regardée.
Ce qui est rigolo c’est qu’elle s’est assise à coté de moi pour bouffer son sandwich.
Rigolo mais salaud, de prétendre aimer quelqu’un et de ne mème pas le reconnaitre parce qu’il est ordinaire.
Salaud comme les marchands d’armes qui ne font pas la guerre mais encaissent quand mème les bénéfices.
On aime la soie mais pas les vers, hein ?

Quand elle est partie, les larmes aux yeux, un peu en furie, je n’avais plus envie de toute façon.

A quoi bon ? Elle aurait toujours estimé avoir tiré le meilleur de moi dans ce qu’elle avait lu.
Et moi qu’en aurais-je eu à faire de ses désillusions ?

C’est drole parce que lorsqu’on parle on pourrait penser qu’on peut partager des impressions communes.
Mais le ventre, le ventre chérie, lui ne parle pas, ou alors il fait mal.
J’ai eu mal au ventre en buvant mon demi.

Bon, la prochaine, il faudra que je sois plus prosaïque, les intellos romantiques basta, c’est pas pour moi.
Je le savais qu’écrire comme dans télérama c’était con. La faute à ma soeur ça, cette conne.
Vénus est une planète calcinée où les vents soufflent déchainés – j’ai quoi à faire moi de Vénus ?

Ou bien j’achète une ukrainienne. Non une thaï.
Allez je délocalise.
Ils ont des temples boudhistes à tous les coins de rues à Bangcock, une bonne ville pour méditer Bangcock.
Tu parles d’un philosophe, allez j’arrête la poésie je me mets au prose.

Note  :  ce texte a été écrit comme beaucoup d’autre fin 2010 début 2011.  Il constituait une réponse au texte d’une femme qui se plaignait d’un rendez-vous manqué dans une gare   ;  comment elle s’était aprêtée, combien elle avait d’espoir en cette rencontre.   Une histoire de train en retard.
la vidéo a été ajouté postèrieurement.
La réponse avait été approuvée par l’autre auteur.

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4 commentaires

    1. Tout peut arriver, mème l’amour véritable par pitié. Surement. Mais le miracle c’est quand ça arrive et qu’on y croie.

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  1. « Le prose », vieil argot parigot, à ne pas confondre avec la prose, Ce texte, non dénué d’humour, mais profond aussi, nous emporte dans les méandres d’un rendez-vous étrange, improbable.Il en ressort un sentiment de vacuité désespérée. A quoi bon attendre dans une gare quelqu’un qui ne vous reconnait pas et dont en plus on aime pas les lunettes?

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    1. Je dis d’accord.
      Une image me vient souvent s’agissant de la soi-disant « bonté », et de l’intérêt pour les modestes, c’est celle des pulls kakis dans « l’enfant » de Jules Valles.

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